Céret : j’ai la patate, pour une ville en transition

mars 27, 2014 dans Pédagogie par Agrovélocités

Le samedi 8 mars 2014 projet j’ai la patate, marché de Céret, Pyrénéees Orientales.

le stand

Le stand de j’ai la patate, projet crée par Céret en transitiontitre j'ai la patate le sac retroussé le flyer____________________________

C’est au détour du marché de Ceret que nous faisons la rencontre d’un collectif citoyen porteur d’une initiative encore inconnue à nos yeux : « J’ai la patate ! »

titre j'ai la patateDisponible ! La fiche technique sur J’ai la patate de Céret en transition 

titre j'ai la patate

 

J’ai la patate, un titre évocateur du dynamisme de cette initiative !

le flyerL’initiative portée par le collectif « Ceret en transition » consiste à fournir une pomme de terre à toutes les personnes qui le souhaitent lors de deux journées de marché début mars. Ces personnes emportent chez elle la patate pour qu’elle la cultive et pour partager la récolte lors d’un grand repas avec l’ensemble des participants (qui ont la patate !). Il est proposé aux participants de faire pousser leur patate dans un sac de terreau retroussé et de remplir d’une alternance de terre et de mulch au fur et à mesure de la croissance de la plante (technique de la butée réadaptée).

le sac retroussé

Le repas final sera réalisé avec l’aide d’un chef cuisinier dans une ambiance similaire aux émissions de type Top chef. Le repas sera partagé avec l’ensemble des participants pour un moment convivial.

L’idée de ce projet est de faire du lien entre des personnes autour d’un même objectif : cultiver sa patate. Les participants sont amenés à se rendre compte de la difficulté et des enjeux de faire pousser soi-même ses légumes. Afin de créer du lien entre les habitants, les participants sont mis en contact grâce à une mail-liste commune où ils peuvent communiquer et se donner des nouvelles de leurs patates : photos, commentaires, questions.

Cette initiative est le début d’un projet de plus grande ampleur avec notamment la création d’une Association de Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP), différents projets portés par le collectif Céret en transition.

le flyer

 Pour plus d’information : ceret@transition.cat & Jerome 0681560012 & Simon 0604501156

 

 

 

 

 

 

Emaus et BBK : Bioeskola, la réinsertion par l’activité agricole !

mars 27, 2014 dans Lien social par Agrovélocités

A Bilbao le 16 janvier 2014

Emaus et BBK : Bioeskola,

la réinsertion par l’activité agricole !carte Bio Eskola

Article Bioeskola disponible en pdf !

 

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Nous arrivons sur place : une exploitation maraichère difficile à trouver en périphérie du parc technologique de Zamudio. Ce projet mis en place entre mars et juin 2013 s’est créé grâce à 3 acteurs fondamentaux :

  • l’association Emaus est à la co-initiative du projet, dont l’objectif de réinsertions des personnes marginales rentre dans le cadre de ceux fixés dans ses statuts
  • la fondation de la banque BBK a co-créé ce projet avec Emaus. BBK finance la majeure partie des infrastructures dans le cadre de ses œuvres sociales.
  • le parc technologique de Zamudio fournit les terrains dans le cadre de sa responsabilité sociale et environnementale.

« C’est nouveau en Espagne, il n’y a pas d’autre endroit où ça se fait… comme  ça ! ». Cette exploitation maraichère proche de Bilbao alimente les employés du parc technologique en produits BIO sous la forme de paniers hebdomadaires. Ces fruits et légumes sont produits grâce à la main d’œuvre de personnes issues de milieux difficiles divers (maladie psychiatrique, sans domicile fixe, alcooliques et dépendants), bien souvent en situation d’exclusion sociale. L’objectif du projet est donc double : redonner à ces personnes un véritable statut social de travailleur et favoriser l’alimentation saine, locale, et en vente directe dans l’environnement urbain proche de l’exploitation. Nous nous intéressons particulièrement à ce premier, décrit comme le point le plus important et le plus innovant du projet : la réinsertion sociale par l’activité agricole.

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L’exploitation vue de son point le plus haut

 

Pourquoi l’agriculture comme moyen d’insertion, et comment ?

Être à l’aire libre, dans le silence, se retrouver face à soi même et aux éléments climatiques : c’est ce que permet le travail en agriculture. Cela induit l’humilité face au vivant, la prise en compte des plantes et des soins dont elles ont besoin, et l’acceptation de l’échec possible lors de la culture. Ce travail est très différent d’une vie en usine.

Durant deux ans maximum, les ouvriers-patients se forment aux pratiques de l’agriculture biologique pour leur permettre de trouver un emploi. Ils reçoivent une réelle formation théorique et pratique, qui peut même les mener à l’obtention de diplômes (ex : certificat d’utilisation de produits phytosanitaires). La production vendue sous la forme de paniers hebdomadaires à la sortie des entreprises le vendredi joue un rôle important dans la thérapie de ces personnes : la reconnaissance du client est essentielle dans le processus de soin. Un autre point de retrait existe dans le centre de Bilbao et les paniers sont actuellement vendus à 10 euros l’unité, comprenant fruits et légumes de saison.

L’emploi du temps des travailleurs se repartit dans la journée de 9h à 13h et/ou 14h à 18h  avec un repas commun à 13h. Cet emploi du temps est aménagé en fonction des besoins des travailleurs. Bien que les personnes travaillant à la ferme soient dans une démarche volontaire, ils s’engagent à venir d’eux-mêmes tous les jours. Pour le moment aucune personne n’a manqué à ses obligations malgré les intempéries.

 

Et pourquoi l’agriculture biologique (AB) ?

Il a été choisi de pratiquer une agriculture biologique sur ces parcelles pour plusieurs raisons :

  • la philosophie de l’AB (respect de l’environnement et mise en parallèle avec le besoin de ces personnes de réapprendre à se respecter et à respecter l’autre
  • Donner une plus grande autonomie (ce qui évite le paternalisme) aux travailleurs qui évoluent dans un milieu sans aucune pratique dangereuse pour la santé.

Au-delà du cahier des charges de l’AB, de nombreuses pratiques sont misent en place pour respecter au maximum l’environnement et la philosophie de la structure : association de cultures, drainage ouvert (fossé) pour favoriser la faune et la flore, implantation de bandes florales. Un véritable bagage technique est apporté aux travailleurs grâce à la pratique de l’AB : les rotations de cultures, la prévention pour la gestion des adventices et des ravageurs, les associations de plantes et l’attention portée au sol.

 

Qui gère tout ça ?

Ces éléments de compréhension nous sont comptés par Mikel et Irama, encadrants du projet sur l’exploitation. Mikel, ancien agriculteur, est le responsable technique de la production agricole et du terrain. Passionné d’agriculture, il expérimente diverses productions écologiques et utilise la nature à bon escient grâce à un bon bagage technique qui lui permet d’aborder les difficultés de la gestion d’une exploitation maraichère « pas à pas». Irama, employée d’Emaus en tant que travailleuse sociale, se charge de l’accompagnement social, du recrutement, du suivi quotidien (bilans réguliers avec les travailleurs sur leurs questions, leur progression, leurs objectifs, que ceux-ci soient personnels ou professionnels, gestion des conflits) et de la logistique (coordination avec l’hôpital psychiatrique proche et avec les autres structures du projet). Ces deux encadrants sont aidés par deux ouvriers agricoles qui travaillent en permanence avec eux et ont en charge la logistique de cette véritable exploitation agricole. Cette équipe multidisciplinaire au fonctionnement convivial permet des interactions privilégiées au sein de la structure. L’ensemble des infrastructures sont cependant facilement démontables dans le cas où le Parc technologique voudrait récupérer ses terrains.

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Mikel (à droite) dans le bâtiment de stockage

Plus techniquement…

Les parcelles, en pente légère ont un sol très argileux, compacté et à faible teneur en potasse. Très peu drainant, la mise en place d’un système de drainage a été nécessaire. Ces terrains n’ont pas été cultivé depuis 40 ans, seules des vaches y pâturaient.  La parcelle bénéficie d’un climat doux grâce à la proximité de la mer. Un système d’irrigation enterré avec récupération des eaux de pluie est en place ainsi que 4 serres, un bâtiment pour le matériel et la préparation des paniers  et un bâtiment sanitaire. La parcelle est divisée en 3 sous-parcelles correspondant aux rotations de cultures : légumineuses, crucifères, jachères, solanacées. Des rotations de 3 ans par famille de culture sont effectuées. Le travail du sol nécessite 3 sous solage pour casser les mottes et décompacter l’argile. La fertilisation est assurée avec du patenkali et de la mélasse de betterave, et le compost est réalisé avec ajout de lombrics de Californie.

 

 

Quels sont les effets obtenus et dans quels domaines ?

La production biologique sur cet espace tend vers la création d’un écosystème qui se veut en adéquation avec la nature environnante, notamment avec le ruisseau et les haies en contrebas.

La vente des paniers, en plus de ses avantages thérapeutiques pour les travailleurs, plait particulièrement aux employés du parc technologique qui y trouvent l’opportunité de s’alimenter plus durablement tout en contribuant à un projet : « Pour les consommateurs, relativement riches, c’est comme payer une cotisation à greenpeace tout en ayant directement un panier de légumes en échange ».

Après 6 mois de fonctionnement, il est cependant difficile de faire le point sur l’évolution « sociale » des ouvriers-patients, mais le bilan est positif dans la mesure où aucun problème n’est détecté et que ceux-ci sont très contents de venir travailler chaque jour.

 

Des problèmes, difficultés rencontrées ?

Les principaux problèmes rencontrés sont relatifs à la production en elle-même : la productivité n’est pas maximale. Le terrain n’est pas le plus propice à la production maraichère étant donné sa très forte quantité d’argile qui engendre un compaction délicate à gérer pour conserver un sol favorable à la croissance végétale, notamment lors d’épisodes pluvieux importants.

A terme le projet souhaite produire ses propres semences au fil des générations, mais pour l’instant l’achat de semences paysannes locales induit de faibles rendements dus à la faible variabilité génétique de ces semences : « Nous allons faire nos semences petits à petits mais les semences locales du marché étant parfois dégénérées, je préfère d’abord assurer la production ».

A ces deux critère s’ajoutent celui d’une main d’œuvre particulière, en plein apprentissage et à présence variable. Le potentiel en termes de travail est améliorable.

On dénote aussi quelques remarques des voisins considérant l’apparition de « malades mentaux » dans la parcelle d’à côté comme dangereuse. Aucun incident, même mineur n’est cependant à déplorer…

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Irama et une stagiaire, entre bâtiment et parcelle

 

Quels enseignements tirer ?

Face à ces difficultés de travail, le principal enseignement mis en application par Mikel est le pragmatisme dans la nécessaire production agricole. Celui-ci, tout en restant dans une production biologique, n’hésite pas à prendre des mesures en faveur d’une bonne production quitte à ne pas toujours être en totale adéquation avec ce qu’il aimerait pouvoir mettre en place. Il utilise donc des semences classiques, un tracteur et des bâches plastiques dont il pourrait se passer dans un projet de vie individuel.

 

La voie à suivre

A terme la ferme Bio Eskola souhaite augmenter la production ce qui permettra de faire plus de paniers de plus grosse taille et engendrera une augmentation de son prix. L’objectif actuel : atteindre 200 paniers produits en juin. Selon Mikel, la production ne pourra pas dépasser 250 paniers aux vues de l’historique de production régionale.

Malgré les aides reçues lors de sa création et actuellement pour son fonctionnement, le projet veut augmenter sa part d’autofinancement par la vente des produits agricoles (80% contre 20% venant des subventions).

Pour l’avenir, Mikel veut consolider la production maraichère puis envisage la culture de champignons, ainsi que la mise en place d’un poulailler de 400 têtes pour produire des œufs. Il aimerait se pourvoir d’un âne pour remplacer le tracteur par la traction animale, tout en conservant le même espace : « je ne veux pas agrandir, il ne faut pas que le projet ne perde sa vocation initiale et je préfère que les gens s’installent tout seul »

 

En sortant de Madrid, un élevage de vaches laitières, des parcelles de maraîchage puis un grand jardin familial.

mars 27, 2014 dans Alimentation par Agrovélocités

Mardi 25 février,

En sortant de Madrid (à côté du périphérique de Coslada), un élevage de vaches laitières, des parcelles en maraîchage et céréaliculture et des jardins familiaux (au centre d’éducation environnemental de Henares).

 Disponible ! La fiche technique « En sortant de Madrid, trois situations différentes… ! 

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Nous vous présentons conjointement ces trois lieux car situés dans une même zone de Madrid, ils ont des caractéristiques totalement différentes.

Nous sortons de Madrid, nous sommes plus précisément sur le périphérique passant autour de Coslada lorsque nous voyons un élevage de vaches laitières.

L’ouvrier agricole avec qui nous parlons nous apprend qu’il y a 142 vaches laitières (des prim’Holstein) auxquelles il faut ajouter « la suite » (i.e les veaux et génisses, soit environ 250 animaux en tout).

vaches et avions

Vaches et avion

Nous arrivons ensuite à discuter avec le propriétaire de la ferme, qui nous dit à plusieurs reprises que les animaux souffrent de leur situation, ce qui confirme ce que nous voyons, les animaux sont en mauvais état dans une parcelle pleine de boue. L’agriculteur a acheté les terrains il y a plus d’une quarantaine d’années, et a été exproprié en 2005 par la mairie qui voulait faire à cet endroit un parc. Toutefois, n’ayant toujours pas reçu d’argent, il est toujours là, même « s’il préfèrerait qu’on le paye pour aller recommencer tout ailleurs ». A cause de cette expropriation, il ne peut pas faire de nouveau bâtiment, comme une nouvelle stabulation qui permettrait d’avoir une situation plus propre (il nous explique que la France avec ses nombreux petits élevages est en retard, alors qu’en Espagne il est possible de faire des élevages à 500 vaches en stabulation). Pour avoir un peu d’argent, ne pouvant demander de subventions pour des constructions, il a demandé des subventions pour un nouveau tracteur.

vaches en mauvais état

Une parcelle en mauvais état

Nous lui demandons de nous parler de l’évolution du paysage, il nous explique qu’auparavant, il n’y avait aucune construction à proximité ! Alors que maintenant il est à proximité d’un pôle multisport, qui pose visiblement problème (bruit le week end) et comme nous pouvons le constater, l’exploitation est encerclée de routes et les avions passent juste au-dessus, ce qui peut d’ailleurs expliquer l’absence d’urbanisation. Il ne voit pas d’intérêt à des systèmes de vente type circuit court, il vend actuellement sa production laitière à une entreprise qui fait du fromage industriel. Il nous répètera à plusieurs reprises que sa situation n’est pas favorable, qu’il travaille beaucoup et ne gagne pas grand-chose, il a toutefois deux employés.

Nb : « L’impossibilité de moderniser mon exploitation c’est comme si vous ne pouviez pas changer les freins et les vitesses sur votre vélo, vous n’iriez pas bien loin ! »

vaches devant urbain

Devant l’urbain, des vaches laitières prim’Holstein

culture maraichères

Une parcelle maraîchère bien entretenue

Nous voyons juste à côté un ensemble de parcelles de cultures maraichères entourées de parcelles de blé avec une infrastructure permettant un arrosage gravitaire, des gens sont en train de travailler, nous allons voir.

Après avoir franchi un portail et parcouru un chemin qui longe un cours d’eau, nous pénétrons vers un des cabanons.

Nous engageons la discussion avec un propriétaire en train de désherber, assez froidement il nous dit « je ne peux pas vous parler d’agriculture, je n’y connais rien moi, il faut aller voir les deux hommes à côté ». Nous arrivons tout de même à savoir que cet homme fait seulement du jardin pour sa famille. Dans le but de ne pas avoir à venir s’occuper trop souvent de sa parcelle, il ne met par exemple pas de tomate (qui oblige à venir tous les jours), mais privilégie les patates, les fèves… qu’il est d’ailleurs en train de désherber. Sur son terrain (qu’il a acheté il y a plus d’une vingtaine d’année) il y a aussi des fruitiers : des figuiers et de la vigne.

cabanons

Les cabanons au milieu des parcelles


Il nous dit qu’il achète le reste de son alimentation au supermarché ou au marché.

Sur ces recommandations et pour en savoir plus nous allons voir les deux hommes qui travaillaient sur la parcelle d’à côté.

chassis et canal gravitaire

Un support de chassis à côté d’un canal d’irrigation gravitaire

Au moment où nous arrivons, les deux hommes sont en train de se changer, ils sont sur le départ et ne parlent pas beaucoup. Nous arrivons tout de même à savoir qu’ils font beaucoup de légumes, qu’ils vendent sur le marché. L’un des deux semble être le responsable et l’autre un ami. Pendant qu’ils nous parlent, nous voyons dans leur local beaucoup de pesticides, ce qui concorde avec leur propos « on ne peut pas ne pas mettre de produit même si c’est de la très bonne terre ». Le propriétaire possède une partie du blé visible autour des parcelles de maraîchage, il le vend à une coopérative qui en fait de la farine. « Le responsable » nous apprend qu’ils ont toujours été propriétaires, le grand père ayant acheté il y a cinquante ans. Enfin, c’est cet homme qui gère les tours et le réseau pour l’arrosage gravitaire.

Un peu plus loin, deux hommes sont en train de faire des cuvettes autour d’arbres fruitiers, nous nous séparons, Simon va les voir pendant qu’Etienne et Yoann discutent avec deux autres hommes.

Les deux cousins, qui s’activent autour des fruitiers sont au chômage : l’un était dans le domaine du bâtiment et l’autre trapéziste. Ils ont décidé de se mettre à travailler ces plus de 1000 m² pour la production familiale « et pour vendre si ça marche bien ». Le terrain appartenant à leur grands parents, leur grand-mère encore vivante leur donne des conseils, eux qui déclarent ne savoir qu’un peu cultiver la terre, d’après ce qu’ils ont vu étant petits.

Avec un motoculteur et une débroussailleuse ils ont déjà remis en culture cette année une bonne partie du sol. Ils ont planté des oliviers, des cerisiers et des amandiers. Ils veulent aussi installer des poules pour avoir des œufs et qu’elles mangent les ravageurs type vers, en plus des chats qui sont là « pour chasser les taupes »

Ils sont très intéressés lorsqu’ils apprennent l’existence du Red de huertos urbanos, notamment pour les aspects techniques, sur lesquels ils souhaitent vraiment s’améliorer. Toutefois, si le Red de Huertos n’a pas normalement de lien avec les jardins à buts lucratifs, on peut imaginer que des échanges aient lieu, dans le but commun d’augmenter la sécurité alimentaire locale de la ville. Au niveau du contexte, nous apprenons que les terrains à côté sont à leur grand oncles/tantes (ils sont plus ou moins en friches). A la question qu’est-ce qui vous à donner envie de faire ça ils répondent : « s’occuper, profiter de ce terrain et le maintenir en état, payer moins cher les légumes et manger des légumes qui ne sont pas juste de l’eau et des produits ».

Pendant ce temps, Etienne et Yoann discutent avec deux autres hommes

tuyaux arrosage gravitaire

Les tuyaux reliant les canaux d’irrigation gravitaire

Leur terrain (qui leur a été offert il y a 7 ans) n’est pas énorme mais cela suffit pour produire pour eux, famille et amis. Possédant comme les autres parcelles un système d’irrigation gravitaire, ces deux jardiniers cultivent de nombreuses espèces. Un des deux hommes à un fils qui fait de la foresterie à Nancy, de plus ils nous indiquent un autre jardin, (voir ci-dessous). Nous repartons en même temps qu’eux car ce sont les derniers et ils doivent fermer le portail (avec une clef commune), les liens entre les jardiniers ne semblent pas allez plus loin.

Nous prenons la route M205 et passons au-dessus de la M 50, nous tournons alors à droite et passons devant une immense réserve d’essence. Nous pénétrons alors dans le grand jardin d’Hénarès, à proximité d’un centre de formation agricole et abritant un centre d’éducation environnemental.

panneau entrée

Panneau à l’entrée du jardin

C’est un ensemble de plusieurs zones, gérées par une association différente à chaque fois. Il y a une route au milieu, des infrastructures importantes (douches, wc, salle commune…). Etienne discute avec un des premiers jardiniers du jardin (un des trois doyens). Selon lui, ce serait le président de la communauté de Madrid qui a pioché l’idée de jardin en Hollande lors d’un déplacement. C’est alors un des premiers jardins à but non commercial et non exclusivement productif : « huerto de ocio ». Le fonctionnement est régi par un bail de quatre ans et demi, renouvelable, si le jardin est réellement utilisé, ceci pour un coût de 180 euros par an. Au niveau des pratiques agricoles, tout doit être bio et ceci est cohérent avec les panneaux de sensibilisation présents au niveau du centre d’éducation environnemental. Ce jardinier habite à côté à Torrejon de Ardoz et vient donc en voiture comme la plupart des personnes. Pour lui, l’avantage de ce jardin est que « l’été tu peux jardiner, c’est du gros boulot, transpirer et aller te doucher après » La production jardinière est destinée à lui, sa famille et ses amis. Le reste de consommation alimentaire vient de chez carrefour. En tant que retraité, ancien sportif, le jardinage lui permet d’avoir une activité de plein air.

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Chaque parcelle (240 de 250 m²) a son cabanon

marché écologique

Un marché bio pour compléter la production des jardiniers ?

Pour plus d’information : http://www.madrid.org/cs/Satellite?c=CM_Actuaciones_FA&cid=1142314660051&idTema=1109265603340&pagename=ComunidadMadrid%2FEstructura&pv=1114184506471&segmento=1

Ou contact : Centro Caserío de Henares Camino de la Vega, s/n 28830 – San Fernando de Henares (Madrid) Telf. y fax: 91 673 82 99

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un potager sur la place centrale du quartier défavorisé de San Francisco, Bilbao

mars 26, 2014 dans Lien social par Agrovélocités

Cet article est disponible en fiche technique pdf !

Le Mardi 20 janvier 2014, 

Nous rencontrons Elena, membre très active de l’une des 3 associations fondatrices du jardin, ainsi que Julieta, engagée dans l’agriculture urbaine et journaliste à plein temps.

Dans le quartier défavorisé de San Francisco, en avril 2013, trois associations du quartier ont l’idée de créer un jardin en ville :

  • Espacio Plaza est une association qui revendique en particulier la transformation de la place Bihotza Mariaren en un espace vecteur de plus de lien social.
  • NEVIPEN est une association qui promeut la culture gitane dans le quartier et qui aide à l’insertion sociale des gitans en situation peu favorable dans le quartier.
  • Susterra axe son action vers la médiation familiale, l’accompagnement et de l’insertion pour les jeunes.

Pour créer ce jardin, ces 3 associations se sont regroupées et, grâce à leur union, ont impulsé l’aménagement d’un jardin sur la place Bihotza Mariaren, acollé au centre civique du quartier. Depuis, les associations ont mis en place un groupe responsable du jardin.

 

Réunion

Julieta à gauche et Elena à droite

Celui-ci se rassemble tous les quinze jours au sein d’une assemblée (libre, où tout le monde, sous réserve de venir au jardin, peut prendre part au débat) pour prendre les décisions et planifier les travaux de jardinage. La communication reste toutefois à améliorer : en externe, il n’existe pas de pancarte explicative du projet – celui-ci est très peu visible depuis la place, grilles et porte en bois- et seule une page facebook permet de suivre les activités ; en interne, une volonté de favoriser la communication entre les membres est affichée avec pour le futur, la création d’un espace de stockage en réseau et d’une mail-list pour améliorer la gestion du jardin. Les associations ont cependant participé à l’évènement Arroces del mundo (journée de partage et de découvertes gastronomiques autour du riz du monde entier, 5000 visiteurs cette année).

Techniquement, avec l’aide d’Inaki, un exploitant agricole engagé de manière redondante dans les projets d’agriculture urbaine de Bilbao, les jardinières sont pourvues d’un substrat fertile (vidéos Llevame al huerto – http://www.llevamealhuerto.com/llevamealhuertotv/huertas-y-huertos/) et une régulation de certaines plantes (bambous) a été réalisé sur l’espace du jardin. Inaki a aussi formé les jardiniers, pour la plupart novices, aux pratiques de bases : ceci continue cette année avec un atelier sur le compostage fin février grâce au financement de la mairie.

Ce groupe de jardinier, dont une quinzaine vient régulièrement (sur une trentaine) est essentiellement constitué de femmes de 30 à 60 ans, d’origines géographiques variées. Selon Elena, le jardinage sous cette forme est difficile à combiner avec un emploi du temps professionnel, la plupart des gens venant en fin de journée ou le week-end.

Elena

Elena devant une des tables de culture

Le jardin se constitue d’une jardinière principale en bordure de grille d’une longueur de 45 m et d’une largeur d’environ 50 cm, dont une partie occupée par endroits par des plantes ornementales (bambous) ; de plusieurs bacs de cultures plus ou moins rustiques : deux tables de culture avec une structure en fer (d’un coût de 350 euros chacune, réalisées par une entreprise du quartier), et quelques tables faites avec des matériaux de récupération pour le rangement du matériel, des semences et la réalisation des plants. Différentes semences sont utilisées dans le jardin, avec des variétés plus ou moins locales (travail avec la jardinerie Antunano, Red de Semillas, graines des jardiniers). Le jardin est cultivé sans produit chimique : le modèle d’association de légumes, d’aromatiques et de plantes à fleurs est clairement affiché, même si la communauté limite ces dernières. Une idée forte dans ce jardin est aussi la maximisation des rendements sur de faibles surfaces de terres. On nous indique aussi que pour installer des jardins, il faut que les idées viennent d’en bas, directement des gens, et non pas d’en haut !

Impulsé par les 3 associations et financé par la mairie, c’est le seul centre civique municipal de Bilbao ayant réalisé cette initiative et il semble que le représentant municipal de ce quartier en soit assez fier ! En point d’orgue cependant, un employé du centre civique nous confie « Pour moi c’est tellement petit que c’est comme un jeu, mais je trouve ça bien »…

 

NB1 : On nous conseille aussi un jardin squat à l’abandon dans Bilbao que nous n’aurons pas le temps d’aller enquêter, le Dezazkundea Baratza (Via Vieja de Lezarua) dans le quartier d’Uribarri.

NB : Un retraité dans un village proche de Mungia (nord de Bilbao) possède une ancienne variété de tomate (dont la qualité est reconnue de tous) qu’il veut conserver d’une éventuelle hybridation avec les variétés cultivées par ses voisines : il distribue donc ses propres semences gratuitement autour de chez lui et s’assure ainsi que seule sa variété est cultivée dans le voisinage…

 

 

CONTACTS

 

Nos réflexions sur l’agriculture urbaine en mars 2014 : Nos premiers résultats, à creuser par la suite, par nous…et par d’autres ?!

mars 26, 2014 dans Nos réflexions générales par Agrovélocités

Des premiers résultats vraiment intéressants, des pistes de réflexion pour la suite, pour nous..et pour d’autres ?

1° Quand les promoteurs ou les institutions ne construisent pas à cause de la crise, quelle suite demain ?

Nous avons pu constater (à Madrid notamment) que l’un des liens entre la crise économique et l’essor de l’agriculture urbaine est la non construction sur des terrains prévus pour l’urbanisation par les promoteurs immobiliers ou la non réalisation de projets par les communes et les autres institutions. En effet, à Madrid certains terrains sont destinés à la construction d’édifices pour la population (musée, bibliothèque, piscine, école..), or du fait de la crise économique, la mairie ne pouvant financer de projet sur ces terrains, les quartiers en ont profité pour réinvestir ces espaces et en faire « des sortes de place de village ». Actuellement, à Madrid le réseau « Red de huertos urbanos » est en discussion avec la mairie pour transformer l’inscription de ces espaces sur le plan d’urbanisme afin de les noter en « espace vert ». Se pose la question de la réussite de cette discussion et de l’avenir de ces espaces lorsque la crise va se terminer. Un travail de suivi de ces parcelles lors du redémarrage économique de l’Espagne pourrait être intéressant.

Pasdeconstructiondoncunjardin

Un jardin à la place de logements sociaux, quand les institutions n’ont plus d’argent, les habitants ont des idées.

 

2° Les diffusions de technique, une piste à creuser à plusieurs échelles ?

Nous avons remarqué que des dynamiques de diffusion de savoirs et de techniques existent dans les différents réseaux rencontrés. A l’échelle d’une ville comme Bilbao nous avons vu à quel point un agriculteur passionné et impliqué dans la plupart des projets d’agriculture urbaine de cette ville diffuse une pratique pour réaliser un substrat de culture. A Madrid, à l’échelle du Red de Huertos Urbanos, nous avons vu que la plupart des jardins qui en font partie ont de grosses similarités : utilisation de palettes, planches de cultures surélevées, utilisation d’un arrosage goutte à goutte gravitaire,… A Saragosse dans un jardin familial où est dispensé à chaque locataire au départ un cours de jardinage avec des connaissances et des pratiques de cultures biologiques, nous avons pu constaté que de nombreux jardiniers réutilisent notamment la pratique de la culture en buttes sur leur parcelle. Dans d’autres jardins, nous avons pu voir des techniques similaires (parfois un peu étrange) dans des parcelle plus ou moins voisines avec en général des modifications, quel lien entre les jardiniers..

Cela nous amène à penser qu’à l’échelle d’une ville comme d’un jardin divisé en multiples parcelles, se poser la question de la diffusion (consciente et inconsciente -effet de mimétisme?-) de techniques peut faire l’objet d’un travail d’étude socio-technique de plus longue durée.

3° Quel sens à la réalisation de jardins avec beaucoup d’infrastructures, de grillage, de béton ?

Dans les projets réalisés par les institutions comme les mairies, nous avons remarqué que les projets mobilisent parfois des infrastructures importantes (avec de forts coûts financiers) avec des grillages, des cabanes sur dalles de béton et de nombreux autres aménagements qui nous amènent à poser la question : ces projets de jardins familiaux ne sont-ils pas une sorte d’urbanisation des terres agricoles ?

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Autant de grillage et de béton étaient-ils vraiment nécessaires ?

4° L’agriculture urbaine, pour quel public ?

Au fur et à mesure de nos rencontres, nous avons pu constater que certains types publics semblent exister en fonction aussi du type d’agriculture urbaine que nous rencontrons. Toutefois, nous ne sommes pas encore en état de proposer de typologie. Nous pouvons seulement signaler que dans les jardins familiaux créés par les communes nous avons souvent vu des personnes retraitées et qu’en centre ville, sur les lieux autogérés nous avons eu plus à faire à des trentenaires “sensibles” aux questions environnementales.

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Un jardin au public plutôt jeune

5° La vente ou location de terre agricole pour le jardinage urbain, un nouveau marché ?

Nous avons pu constater qu’en Espagne des activités entrepreneuriales de location de jardin sont naissantes. Ce phénomène est aussi visible en France, nous avons vu près de Torreilles une location de jardinage et en sortant de Narbonne un ensemble de parcelles qui ont été vendues au m². N’assisterait-on pas à une nouvelle façon de valoriser les terres agricoles lorsque celles ci sont trop petites pour être cultivées mécaniquement ? une nouvelle forme de diversification d’activités avec la vente des services attenants (eau, cours, engrais, outils, travail du sol et pourquoi pas.. entretien du jardin pendant le départ en vacances du jardinier ?) ? une nouvelle façon de valoriser économiquement des terres sorties de la spéculation à cause d’un PLU en les vendant de manière fragmentée à un prix plus élevé que pour une activité  agricole ?

6°L’éducation, une visée principale de l’agriculture urbaine ?

Une tendance lourde, la volonté d’enseigner, aux urbains, adultes comme enfants la manière dont pousse un légume. Professeur de jardinage, un métier d’avenir ?

pancarteexplicative

 Une des nombreuses pancartes explicatives

éducationentomologie

 Un graffiti/oeuvre d’art/arbre phylogénétique pour expliquer les différentes familles d’insectes

sensibilisationenvironnement

 

Une pancarte de sensibilisation sur l’environnement et les déchets « Ceci est un espace autogéré, emmène tes poubelles, il n’y a pas de service de propreté »… n’est ce pas le cas de notre planète ?

 

 

 

 

 

Nos réflexions sur l’agriculture urbaine en mars 2014 : plein de pays, en vélo, avec des climats changeant : un projet pertinent ?

mars 26, 2014 dans Nos réflexions générales par Agrovélocités

Sur les échelles d’études, la pertinence du projet

Où il est question de nos premiers ressentiments suite à la traversée d’une partie de l’Espagne et du Portugal. Quelques remises en causes de notre méthodologie, quelques pistes de réflexion qui nous accompagneront par la suite.

1° Pour comparer les agriculture urbaines des différents pays, ne doit-t-on pas commencer par comparer les différentes aspirations au jardinage dans chacun des pays ?

La différence de paysages autour des villes entre la France et l’Espagne nous a semblé assez flagrante, on pourrait alors conclure de manière trop rapide que l’agriculture urbaine est plus importante en Espagne qu’en France. Toutefois, il faut aussi souligner le fait qu’entre ces pays, on remarque aussi la même tendance en milieu rural. Et encore, ceci est à nuancer pour d’autres raisons, que l’on explique ci dessous.

2° Le pays, une échelle inadaptée ?

A travers l’Espagne nous avons vu de grandes disparités entre les régions et entre les villes que nous avons traversé. Il semble que l’échelle de la région soit plus pertinente pour la comparaison. A cette échelle, on peut alors se demander si plus que le contexte politico-socio-économique du pays si ce n’est pas ce contexte à l’échelle régionale (surtout en Espagne avec le système fédéral) qui a de l’influence, voire si ce n’est pas le contexte pédo-climatique -climat et sol- (très important en agriculture !) qui explique la différence entre les régions.

Dans des agricultures en partie déconnectées du contexte pédo-climatique grâce à l’irrigation et à l’utilisation de substrats ‘reconstitués’ on peut pourtant penser que le contexte socio-économique joue un rôle important dans le développement de l’agriculture urbaine dans une ville.

3° Un conditionnement lié à nos origines qui peut induire des problèmes d’approche, des urbanismes différents ?

Notre façon de voir la ville et la campagne, de par notre pays d’origine peut parfois provoquer des questionnements et induire notre réflexion sur les paysages traversés. En effet, en Espagne nous avons pu voir des immeubles (un, deux ou trois groupés) séparés d’une entité urbaine ou très clairsemés, au milieux de champs ou entourés de jardins. La population ne semblait pas atteindre les seuils qui statistiquement définissent l’existence ou non d’une ville et pourtant nous pouvions avoir l’impression d’observer de l’agriculture urbaine.

4° De la difficulté d’interpréter certains propos dans une langue étrangère.

Juste un petit rappel d’une difficulté qui jusqu’à présent n’a pas trop handicapé nos enquêtes mais qui pourrait dans la suite du voyage induire une difficulté d’accès à un type d’acteurs (exclusion des personnes ne parlant pas anglais lorsqu’il n’y a pas de traducteur avec nous).

5° Une méthodologie itérative, faire évoluer les questions posées au fil des rencontres; comment faire pour tirer parti des premiers résultats tout en ayant une rigueur scientifique ?

Un des avantages et une des difficultés de notre voyage est l’enchaînement des rencontres et des idées variées. Ce qui provoque des réflexions et des nouvelles idées qui nous amènent à modifier la manière dont nous questionnons les gens par la suite, qui nous donne envie de poser les questions d’une autre manière, de cibler d’autres sujets, etc.. Voici un exemple : de nombreuses personnes nous ont répondu qu’elles pratiquent l’agriculture urbaine pour le plaisir, pour passer le temps, il apparaît donc judicieux de leur poser la question « et pourquoi ne pas le faire avec des plantes ornementales ? » Ces modifications de notre méthodologie au cours du temps peuvent nous amener à penser que notre voyage, en plus des informations récoltées, va jouer un rôle de questionnement, de proposition de pistes à explorer.

6° Quelles influences de la forme d’agriculture sur sa visibilité et sur sa facilité d’approche dans un contexte d’itinérance ?

Après deux mois de voyage, il nous semble que si l’agriculture péri-urbaine est plus facile à voir et à étudier par l’approche paysagère que l’agriculture intra-urbaine, récolter des informations à son sujet est plus difficile. Dans notre échelle de temps du voyage, retrouver le propriétaire d’une parcelle puis le rencontrer est trop long. Il nous faut donc revoir nos ambitions dans notre volonté d’accorder autant d’importance aux différentes agricultures urbaines.

7° Avantages et inconvénients de l’itinérance à vélo.

Le voyage à vélo présente des avantages incontestables dans le cadre de notre projet, il nous permet d’être le plus souvent accueillis favorablement par les jardiniers et nous l’avons vu dans de nombreuses villes, l’agriculture urbaine et la pratique du vélo sont liées. Le vélo nous permet de pouvoir nous arrêter quand nous le désirons, sans avoir à nous soucier de la place pour se garer. Il nous permet aussi d’être attentif aux changements de paysage, aux frontières entre la ville et la campagne et nous rend très sensible à la présence de grosses infrastructures, de longues zones industrielles ou commerciales. Toutefois, de part sa pratique, le vélo nous empêche de voir certaines formes d’agriculture urbaine. De plus, dans certaines conditions le vélo ne favorise pas notre arrêt. En effet, les jours de pluie, en bas d’une pente et avant une montée ou en pleine montée, nous avons parfois du mal à faire abstraction du lien moral à la pratique du vélo pour nous arrêter. Toutefois, il nous semble que le vélo présente plus d’avantages que d’inconvénients dans la réalisation de notre projet.

Les jardins familiaux d’Alenya

mars 26, 2014 dans Alimentation par Agrovélocités

Disponible ! la fiche technique jardin familiaux Alenya en pdf

Cette commune de 3000 habitants non loin de Perpignan possède un espace de jardins familiaux depuis mai 2013. C’est une élue de la commune rencontrée lors d’une pause déjeuner sur la place du village qui nous accompagne sur la parcelle et répond à nos questions.

Des jardins créés à la demande des habitants

La commune d’Alenya possédait des jardins ouvriers au début du siècle. A l’origine des petites parcelles étaient mises à la disposition des ouvriers par les grands propriétaires agricoles de l’époque pour satisfaire aux besoins des familles. Or, depuis 1960 ces jardins familiaux ont disparu même si un bon nombre d’habitants possède toujours un petit jardin à coté de sa maison, pour y  faire pousser fruits et légumes. C’est un maire de sensibilité de gauche qui met en place les jardins actuels il y a moins d’un an. L’idée était de relancer cette pratique sur la commune pour aider les personnes qui ont ou auront des problèmes pour se nourrir de manière équilibrée. Le coût des fruits et légumes frais produits en agriculture biologique semble rester inaccessible pour les familles les plus pauvres. Ces jardins ont pour but de pallier ce manque et permettre à ces familles d’avoir accès à une alimentation équilibrée et de qualités. Aujourd’hui toutes les parcelles sont utilisées et les demandes sont enregistrées sur une liste d’attente.

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Un engagement de la commune

Ce projet a pu être réalisé grâce à un don (pour un euro symbolique)  d’un agriculteur de la zone. La parcelle d’un hectare est située en zone inondable selon le Plan Local d’Urbanisme (PLU) et ne fait pas l’objet d’une pression foncière importante. Ce projet s’inscrit dans l’agenda 21 de la commune avec notamment une démarche de réduction d’utilisation de produits phytosanitaires pour l’entretien des espaces verts. Le conseil municipal milite pour le droit à une alimentation de qualité accessible à tous. Pour la mise en place du jardin, la commune a demandé le soutien du conseil général des Pyrénées Orientales qui a participé aux 30 000 euros d’investissement nécessaire.

 

Organisation du jardin

Le jardin divisé en 30 micro-parcelles est grillagé et comporte 5 cabanons qui sont utilisés en commun par plusieurs jardiniers. La commune a également mis en place un réseau d’eau pour que chaque parcelle dispose d’un robinet. Le seul coût à la charge des jardiniers est l’eau facturée à la compagnie des eaux du bas Languedoc. Ainsi les jardiniers sont organisés en association à la demande de la mairie qui garde un droit de regard sur son fonctionnement (signature d’une convention). L’association gère le jardin au quotidien et notamment la répartition des frais d’eau entre les jardiniers. Un règlement a également été rédigé, ainsi  les parcelles ne peuvent pas accueillir des activités de loisirs prenant la place du jardinage et doivent garder leurs rôle nourricier. De plus les pratiques employées doivent être en respect avec l’environnement et ne pas utiliser de produits chimiques. Les personnes ne respectant pas ces conditions peuvent être exclues du jardin.

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Témoignages de jardiniers

          En discutant avec les jardiniers présents lors de notre visite nous apprenons que le jardin est un terrain de jeu idéal pour les plus jeunes enfants qui se font ennuyer par les adolescents dans le centre du village.

Nous rencontrons des habitants d’origine portugaise venus travailler comme ouvriers agricoles dans la région. Nous remarquons la culture de choux comme nous l’avions vu lors de notre passage en Portugal. Ici, le jardin se fait le reflet des origines de la personne, de ses racines.

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Un jardinier nous explique les problèmes qu’il rencontre pour cultiver cette terre et notamment la présence du chiendent :  « Il y a plein de chiendent, la terre est sèche et assez dure à travailler. Apparemment elle n’était pas cultivée avant. » Nous remarquons une bande de compost sur sa parcelle « ça c’est juste le début, je vais faire ça partout après, les vers de terre ils vont l’enfouir, en une journée ils font le même travail qu’un labour, on nous apprenait ça avant. Cette technique du compost, ça va éviter que les mauvaises herbes elles repoussent, ça va enrichir le sol  et il va mieux retenir l’humidité ». L’homme en question est diplômé en horticulture et a travaillé 2 ans pour les espaces verts de la ville de Nancy. Mais après la majeure partie de sa carrière à travailler pour une banque, il profite de la retraite pour reprendre le jardinage.

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Contacts :   Association des jardiniers des figueretes 1, avenue Joliot Curie, 66200 ALENYA ; article de l’inauguration 

Nos réflexions sur l’agriculture urbaine en mars 2014: pour un développement du territoire intégré ?

mars 26, 2014 dans Nos réflexions générales par Agrovélocités


Près de Bilbao, débroussailleuses

Utiliser de l’énergie en détruisant des producteurs d’énergie, relargué du CO2 en détruisant des stockeurs de CO2, quelle cohérence avec les enjeux actuels ?

Agriculture urbaine, péri-urbaine et aménagement du territoire.

S’intéresser à l’espace agricole, à l’urbanisme, aux infrastructures et à leur impact sur leur environnement, tout en ayant la volonté de développer l’agriculture dans ces endroits amène à se poser des questions plus larges sur l’aménagement du territoire. En effet, lorsque l’on repère un endroit en friche, un délaissé lié à une infrastructure routière, ferrée ou industrielle ou bien un espace vert plus ou moins entretenu, se pose alors la question de la conversion potentielle de cet espace en agriculture ou pour une autre utilisation. Si l’agriculture urbaine, productrice d’aliments peut être une solution pertinente pour certains espaces, il semble que pour d’autres de l’élevage, de la foresterie ou de l’agriculture pour la production d’énergie ou pour de l’épuration semblerait plus pertinent… Quelques questions qui se posent dans cette thématique.

1° Pourquoi certains espaces sont entretenus à de forts coûts énergétiques alors qu’ils pourraient devenir producteurs d’énergie, exportateurs ? Que faire pour limiter le coût énergétique de l’entretien des espaces lorsque ceci est obligatoire ?

Il nous semble aberrant de constater que de nombreux espaces aux alentours des villes subissent un entretien très énergivore du à la consommation des nombreuses débroussailleuses, faucheuses d’accotement, tronçonneuses, taille-haies et au gaspillage lié aux feux de branches issus de la taille des arbres en ville. On pourrait s’attendre à ce que dans les espaces où l’agriculture ne peut venir s’introduire pour des raisons de sécurité (parcelle d’échangeur routier par exemple) ou sanitaire (trop forte proximité d’un trafic routier dense) que des cultures à productions énergétiques viennent s’implanter (Taillis à courte rotation, cultures à croissances rapides type Miscanthus, culture d’arbres pour le bois de chauffage ), ou pour réaliser des transferts de fertilité (mise en place de trognes ou d’arbres recépées régulièrement pour produire du Bois Raméal Fragmenté ou culture de légumineuses fauchées pour fertiliser des parcelles en maraichage par exemple),ou pour réaliser des fonctions d’épuration (traitement des eaux usées, des eaux pluviales issues de la voirie). Lorsque la contrainte de l’entretien de l’espace est trop forte (besoin de visibilité dans les carrefours, risque de chute de branche, problème par rapport à la neige..) il peut être bon de trouver des solutions peu coûteuses en énergie, de valoriser les productions (pâturage, utilisation des déchets pour la méthanisation ou la combustion).

2° Comment expliquer l’omniprésence de l’herbe et quelles sont ses fonctions en ville, à quel point peut elle être remplacée ?

En observant la ville, on remarque rapidement que de nombreuses surfaces non bétonnées (car tout de même artificialisées) sont occupées par un gazon très bien entretenu. On peut donc supposer que celui-ci joue un rôle important dans le paysage urbain. Quelques suppositions : la couleur verte maintenue en permanence a une bonne symbolique ‘nature’, cela permet aussi de maintenir un espace ouvert, ouvre de multiples possibilités d’utilisation. Cette ouverture servirait même d’espace de transition aux personnes revenant du travail, une frontière à traverser qui séparerait le monde du travail et la vie personnelle et/ou familiale.

3° Comment planifier l’occupation de l’espace à l’échelle d’une agglomération pour l’optimiser ? Doit on mettre en place des filières territoriales pour les aspects énergétiques ?

Afin de créer des solutions cohérentes et adaptées au territoire, il faut que les cultures mises en place sur les espaces trouvent des débouchés, que des filières se mettent en place, que les techniques et les réglementations s’adaptent..

4° La réinvention de l’entretien de l’espace et des rapports entre les personnes, comment faire pour organiser un entretien par pâturage ou une gestion forestière sur un ensemble d’une multitude de petites parcelles éparpillées ?

Il est très difficile d’imaginer que chacun possède deux ou trois moutons pour entretenir des aires enherbées ou que chacun coupe du bois dans un délaissé pour faire son bois de chauffage… Toutefois, des structures entrepreneuriales ou institutionnelles peuvent se mettre en place ou vendre ou offrir se service.

5° Dans des espaces en constante évolution, avec des dynamiques assez rapides d’urbanisation comment faire pour faciliter des aménagements transitoire ?

L’objectif n’étant pas de figer l’urbanisation, il faut chercher des solutions (réglementaires ou informelles …?) pour permettre par exemple l’occupation temporaire d’une friche avant construction. Cela pose des questions par rapport au régime d’occupation des sols, à la propriété mais aussi en terme d’investissement de la part des jardiniers ou de l’agriculteur qui peuvent avoir du mal à s’investir dans la fertilité d’un sol tout en connaissant l’issue de celui-ci.

débroussailleuses

 

Un bel avenir pour les débroussailleuses comestibles ? quels enjeux sanitaires pour des animaux consommant des zones polluées ? quelles structures professionnelles, foncières, institutionnelles pour favoriser ces pratiques ?

Nos réflexions sur l’agriculture urbaine en mars 2014 : L’esthétique de l’agriculture urbaine

mars 26, 2014 dans Nos réflexions générales par Agrovélocités

5.1. L’esthétique de l’agriculture urbaine, controverse autour d’une fonction.

L’un des arguments avancés pour la création d’espaces d’agriculture urbaine est l’embellissement de la ville, la réintroduction de la nature dans le paysage urbain. Toutefois, des questions se posent en termes de réalisation des projets d’agriculture urbaine et de résultats esthétiques, ainsi que de la définition de cette notion.

Les jardins autogérés de Madrid sont un exemple de la conciliation sur un même espace d’une visée créatrice et artistique et d’une production de légumes. Les tags sont nombreux mais relèvent d’une dimension plus « dessin et réflexion » que graffiti représentant un mot, un nom. La création prend souvent pour base des objets issus du recyclage, de la récupération, permettant aussi d’exprimer une autre dimension de ces endroits, souhaitant sensibiliser à la réutilisation. C’est ainsi que les meubles, gradins et autres constructions à base de palettes sont présents dans la plupart des jardins urbains de Madrid. Avec en général un fouillis d’objets organisés et disposés de manière esthétique, ces jardins semblent répondre à des valeurs de l’esthétique ‘underground’, à un esthétique alternatif mais finalement codifié.

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Aux abords d’un jardin familial à Santiago, des objets plastiques accumulés, provenant en majeure partie du jardin (godets de semis, sacs de terreaux vides, outils…), un paysage esthétique ?

2° a) Mais comment juger de l’esthétique d’un jardin ? b) Les espaces d’agriculture urbaine doivent ils répondre à des codes de propreté, de rigueur de la même manière que la ville qui les entoure ? Comment juger si un jardin va dans le sens de la volonté de remettre de la nature en ville ? c) Que favoriser entre l’appropriation du lieu par les participants et le besoin de rigueur pour que l’espace soit approprié et réponde aux attentes des gens vivant autour ?

2)a) Il est très difficile de juger de l’esthétique d’un espace, les codes étant différents selon les personnes, les attentes..

2)b) Cela pose des questions sur ce que l’on appelle la nature en ville, est-ce une pelouse bien verte et tondue à ras, entourée d’espèces ornementales annuelles disposées en lignes ou accepte-on des espaces où se mêlent de la végétation spontanée, de la terre retournée (les espaces d’agriculture ne pouvant être verts de manière permanente). Doit on alors imposer des directions dans les espaces d’agriculture urbaine pour éviter par exemple la profusion de structures en plastique, en bois en métal, qui peuvent rapidement produire la sensation d’être dans un lieu « insalubre ». A l’inverse, en codifiant l’agriculture urbaine, ne risque-t-on pas d’aller toujours dans le sens d’un nettoyage des centres villes, d’une gentrification de ceux ci, de la même manière que l’on assiste en campagne à un ’embellissement’ des sièges d’exploitation agricole, notamment celles s’insérant dans des dimensions touristiques.

2)c) En souhaitant répondre aux attentes d’un public qui veut des jardins ‘propres’, on risque de limiter l’appropriation des espaces par les participants.

3°) Cette question sur l’esthétique et la valeur paysagère des espaces d’agriculture urbaine semble poser des questions sociales et artistiques intéressantes, auxquelles certains jardiniers trouvent des réponses en mettant en place dans leur jardin des objets purement décoratifs ou en alliant réalisations pratiques et aspect esthétique (ex des petites bordures en cailloux, des moulins à vent de toutes les couleurs, association de plantes productives et de plantes ornementales,…).

 

JardinStJacques

Au milieu de parcelles cultivées, des orties avec du plastique, qu’en pensent les habitants de la ville, les jardiniers des parcelles à côté ?

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Un mélange jardino-artistique, assez courant à Madrid. Qu’en pensent les gens réfractaires aux graffitis ? Déjà une réponse aux mécontents en faisant des graffitis assez « conventionnels » ?

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Le jardin de Cebada à Madrid, quand l’art urbain attire : de très nombreuses personnes y viennent, notamment les touristes.

Gizatea, une entreprise pour l’insertion sociale en Pays Basques

mars 11, 2014 dans Lien social par Agrovélocités

Nous rencontrons Amaia Naveda Sáenz de Ugarte, employée plein de temps de Gizatea.

Gizatea est un réseau d’entreprises qui travaille pour l’insertion sociale en Pays Basques.Ses objectifs sont:

  • la construction d’un discours commun pour défendre ce type d’entreprises
  • la contribution à l’amélioration et au renforcement du secteur,
  • la promotion de la coopération entre les entreprises,
  • et la facilitation du dialogue avec les institutions publiques et la société.

De plus, la structure se place dans le cadre de l’économie sociale et solidaire. Gizatea regroupe 45 entreprises de secteurs d’activités différents. Parmi ces entreprises, Zurtek nous intéresse particulièrement pour ses structures en bois inclinées qui permettent l’installation de jardinières sur les balcons et sur les toits. Amaia nous apprend

l’existence de ferias, équivalent espagnol de nos fêtes agricoles françaises. Cependant, celles-ci ont lieu dans chaque village et à intervalles réguliers (environ chaque mois). Ces ferias viennent en quelque sorte remplacer les marchés locaux à la française.

Amaia nous donne d’autre pistes comme celle du movimiento de los decrecimientos qui s’apparente au mouvement de décroissants français, visant à une moindre consommation matérielle dans la vie quotidienne. L’idée d’autosuffisance pour les produits de première nécessité rejoint la volonté d’entretenir un jardin potager. Une autre piste, le syndicat agricole EHNE Bizkaia, soit l’équivalent de la Confédération paysanne en Hegoalde – « pays basque sud » en basque -, défend les valeurs paysannes des agriculteurs. Amaia nous parle aussi d’Esnetik, une coopérative laitière de production et de commercialisation de produits laitiers. Elle collecte le lait de petits producteurs, transforme en différents produits laitiers et vend à plusieurs petits commerces de proximité, dans les fêtes paysannes et chez les commerçants BIO.

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