L’agriculture urbaine : des innovations issues de l’entreprenariat privé

avril 14, 2014 dans Lien social par Agrovélocités

C’est en Espagne que nous avons rencontré pour la première fois des entrepreneurs privés dans le domaine de la création de jardins familiaux dans ou à proximité des villes. Deux cas sont présentés simultanément dans cet article et semblent partager un certain nombre de points communs.  La première entreprise rencontrée a créée plusieurs jardins à la périphérie de Bilbao. La seconde entreprise se trouve dans un parc municipal à la sortie de Saragosse, portée par un trio d’entrepreneur. Ils ont créé cette entreprise en réponse à un appel d’offre de la mairie pour l’installation de jardins familiaux.

Nous sommes habitués à voir ces jardins mis en place par les mairies où les collectivités, et non par des entrepreneurs privés. Et pour cause, le premier d’entre eux nous fait remarquer que son initiative semble être la première du genre en Espagne. Les entrepreneurs présentés ici sont des citadins issus de parcours différents. L’entrepreneur de Bilbao est un ancien avocat peu satisfait de son métier. Il s’est reconverti il y a 4 ans pour créer son entreprise « Huertas ludicas ». Du coté de Saragosse, les 3 entrepreneurs sont issus de formations différentes : une chimiste, un architecte et un paysagiste. Ils se sont rencontrés à l’occasion de l’exposition internationale de Saragosse en 2008 et ont décidé de répondre ensemble à l’appel d’offre lancé par la commune. La convergence de leur idée a permis la création de l’entreprise « Hortals ».

« Le jardin a un rôle à jouer pour résoudre les problèmes de la ville. »                          

Les objectifs des jardins urbains développés par les entrepreneurs

L’objectif premier développé dans les deux cas est de proposer à une clientèle urbaine des parcelles à cultiver. Le premier entrepreneur exprime l’idée de « faire le lien avec le milieu rural » pour les citadins en manque de contact avec la terre.  D’autres objectifs sont avancés : améliorer le paysage urbain et le rendre utile et productif, créer des espaces de formation pour l’entretien d’un potager, participer à une urbanisation plus verte, sans oublier l’aspect social du jardin qui peut devenir une ressource importante en temps de crise. Le respect de l’environnement fait partie intégrante de ces projets où l’agriculture biologique est la règle. Ces entrepreneurs souhaitent voir l’alimentation locale de qualité accessible au plus grand nombre et non pas aux plus aisés : « les produits qui viennent du jardin ont une autre valeur que ceux qui viennent du supermarché ». Ainsi les deux entreprises obligent les jardiniers à cultiver selon le cahier des charges de l’agriculture biologique : sans produits chimiques ni engrais de synthèses.

Le public visé

Le public visé par ces jardins est toutes les personnes qui cherchent à renouer un contact avec la terre. Dans les deux situations les jardiniers semble être majoritairement des citadins ne possédant pas de jardins. De classes sociales différentes, on y retrouve autant d’hommes que de femmes, de tous les âges et de différentes nationalités, qui viennent parfois avec leurs enfants. L’entrepreneur de Bilbao a aménagé ses différents sites selon le public visé. Le premier site est proche d’une bretelle d’autoroute permettant aux jardiniers d’y venir régulièrement pour de courtes durées. Les autres sites sont plus éloignés et au calme pour des personnes qui souhaitent y passer la journée.

Différentes sources de foncier

Les parcelles mobilisées ont des origines différentes pour chacune des entreprises.  L’entrepreneur de Bilbao a acquis une partie des parcelles et loue une autre partie à des propriétaires privés. Le grand nombre de propriétaire ne lui permet pas d’acheter la totalité des parcelles car tous les propriétaires ne sont pas prêts à vendre. Il souhaite acheter des lots de parcelles cohérentes et éviter les petits lots dispersés. Dans le second cas, l’entreprise Hortals dispose de parcelles communales louées pour 29 ans à la municipalité. Situés au sein du  Parque del Agua à la sortie de la ville, la mairie souhaitait réaliser des jardins familiaux sur une parcelle. Mais pourquoi la mairie a-t-elle choisi une gestion de ces parcelles par une entreprise plutôt que par une association de jardiniers ?

Rentabilité de l’entreprise

Ces entreprises récentes sont encore en expansion et en période de rodage. A Bilbao, deux sites sont mis en place et un 3ème est en cours de réalisation. Du coté de Saragosse, un ensemble de jardins est aménagé et un second sera disponible prochainement. L’investissement initial est important (120 000 euros dans le cas de Bilbao) même si les deux projets ont reçu des aides de l’Etat et des régions respectives. A Saragosse la mairie loue à titre gracieux la parcelle à l’entreprise. Dans les deux cas, les fonds propres des entrepreneurs permettent de développer l’activité économique de l’entreprise dans l’attente de sa rentabilité. Ainsi les 3 membres d’Hortals de Saragosse ont une autre activité professionnelle en parallèle. Les 4 entrepreneurs souhaitent vivre de ces nouvelles activités même si ce n’est pas le cas actuellement : « Au début j’ai pas gagné beaucoup mais j’espère gagner plus ».

La mise en place et le fonctionnement des jardins 

L’organisation des jardins est comparable entre les deux entreprises. Dans le cas de Bilbao, les parcelles sont divisées en jardins de différentes tailles (une moyenne de 85 m²) pour répondre aux besoins des jardiniers alors qu’à Saragosse les jardins ont une taille fixe.

L’aménagement des micro-parcelles et l’organisation des services associés ne sont pas laissés au hasard. A Bilbao, les micro-parcelles sont délimitées par une simple corde tenue par des piquets de bois. Facilement démontable il est possible d’agrandir ou de réduire facilement la taille d’une micro-parcelle en déplaçant les piquets et la corde. De plus lorsqu’il est nécessaire de travailler le sol au tracteur, il est aisé d’enlever les cordes et de passer entre les piquets. L’organisation du jardin est soigneusement réfléchie pour rendre son utilisation pratique pour les jardiniers et pour l’entreprise lors des travaux quotidiens (tas de fumier, réseaux d’allées, disposition des composteurs et des points d’eau).

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                                            A Bilbao les jardins séparés par des cordes et des piquets en bois

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Schéma des jardins visités à Bilbao

Dans les deux cas, les loyers sont versés mensuellement en échange de la mise à disposition d’une parcelle et des services associés que sont l’eau, l’engrais organique (du fumier généralement), l’utilisation de matériel commun (matériel, sanitaires) et quelques heures de formation au jardinage biologique. Le fumier est récupéré chez des éleveurs voisins partenaires de l’entreprise. L’entrepreneur de Bilbao calcule les loyers en fonction des frais fixes et des frais variables. En moyenne le loyer est de  0.7 euros par m²,  ce prix étant variable en fonction de la surface voulue par le jardinier (prix dégressif avec l’augmentation de la surface voulue).

 

Une volonté de former les jardiniers aux méthodes écologiques

Les formations au jardinage écologique sont dispensées aux jardiniers notamment lors de leur arrivée. Dans le jardin de Saragosse, la technique du jardinage en butte est dispensée aux nouveaux arrivants, mais tous les jardiniers ne suivent pas cette pratique et expérimentent selon leurs envies, pourvu qu’aucun produit chimique ne soit utilisé. Dans les deux cas, les cours visent à améliorer l’autonomie des jardiniers après leurs avoir donné les bases du jardinage écologique. A Saragosse l’idée est de leur permettre par la suite, après avoir appris à jardiner de s’occuper d’un jardin plus grand. Dans ce jardin, une salle sera spécialement équipée pour accueillir les séances de formation.


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Les jardins de Saragosse avec un exemple de jardinage en butte

La flexibilité de l’entreprise et les effets obtenus

Une prise en compte des demandes des jardiniers

Les entrepreneurs sont parfois amener à modifier leurs projets en fonction de la demande des jardiniers. A Bilbao les jardiniers ont souhaité avoir des œufs frais en plus de leurs fruits et légumes.  L’entrepreneur a ainsi installé un poulailler au sein de ses jardins.

Un changement du comportement alimentaire des jardiniers

Les jardiniers qui cultivent en agriculture biologique semblent changer leurs comportements alimentaires et se tournent davantage vers une alimentation issue de l’agriculture biologique et locale. C’est pourquoi les entrepreneurs de Saragosse souhaitent mettre en place un  magasin bio dans le premier jardin, qui sera approvisionné par des agriculteurs bio locaux. Les jardiniers pourront faire leurs courses en fruits et légumes « pour que les gens repartent chez eux avec tout pour faire la cuisine en bio ». Un bâtiment en bois est en cours de construction pour accueillir ces services.  Les  jardiniers pourront emprunter des livres dans la bibliothèque, acheter des semences, du matériel pour le jardinage et pour la décoration intérieure.

Un rôle alimentaire non négligeable

Dans le cas des jardins aux parcelles suffisamment grandes, leur rôle alimentaire semble important. Les jardiniers produisent uniquement pour l’autoconsommation même si certains partagent avec leurs familles et amis notamment en période estivale. Certains jardiniers ont proposé à l’entrepreneur de mettre en place une caisse commune pour les surproductions afin de les donner aux œuvres sociales alimentaires de la ville. Ce projet reste en suspens car il semble être difficile à organiser selon l’entrepreneur.

Le jardin comme thérapie         

Le rôle thérapeutique du jardinage est présenté par un des trois entrepreneurs de Saragosse. Il donne l’exemple d’une femme qui avait peur de parler aux autres personnes auparavant et qui s’est ouverte aux autres après avoir intégré le jardin. De même, sont cités des exemples de personnes âgées ayant retrouvées un lien à la nature malgré leur arrivée en ville. D’autres remarques dans ce sens sont avancées pour mettre en évidence le besoin de recréer des liens entre les personnes et leur environnement naturel. Dans les deux cas, l’ambiance entre les jardiniers de chaque site semble être bonne.

Des entreprises créatrices d’emplois 

L’entrepreneur de Bilbao ne peut s’occuper seul de l’ensemble des jardins répartis sur 3 sites. Il embauche 2 employés saisonniers pour l’entretien des espaces communs, le travail du sol, la formation et l’accompagnement des jardiniers en période estivale. Plus généralement, la demande des citadins pour cultiver un jardin est en augmentation et les listes d’attentes s’agrandissent. D’autres jardins peuvent être créés, ce qui augmenterait par conséquent les nombre de personnes/travailleurs pour les mettre en place et les gérer.

Les divers problèmes rencontrés par ces entrepreneurs

Des problèmes apparaissent dans ces jardins et notamment le vol d’une partie de la production par des personnes extérieurs. L’entrepreneur de Bilbao a installé des grillages hauts avec des barbelés pour éviter ce problème. De plus les jardins sont fermés et accessibles uniquement par les usagers (clef ou carte magnétique).

Des problèmes d’ordre agronomiques apparaissent comme la qualité du sol, des zones trop mouilleuses, la présence de ravageurs (taupes).

Les pratiques de certains jardiniers peuvent également poser problème. Il faut veiller à ce que les jardiniers n’utilisent pas trop de matériaux extérieurs qui peuvent encombrer les jardins et en altérer la qualité paysagère. Par exemple, certains jardiniers utilisent beaucoup de matériaux plastiques sur leur jardin, ce qui dégrade l’aspect général et gêne les jardiniers voisins. Les entrepreneurs essayent de limiter ces pratiques par le dialogue et leur présence régulière dans le jardin. Plus largement les jardiniers sont soumis à un règlement intérieur qui doit être respecté sous peine d’exclusion du jardin bien que, pour le moment, ces cas restent très rares (cas d’impayés) et toujours réglés à l’amiable.

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Un jardinier utilisant beaucoup de matériaux plastiques dans un jardin à Saragosse

Bien qu’il soit interdit d’utiliser des produits chimiques dans ces jardins, nous apprenons par un jardinier que certains utilisent de la bouillie bordelaise.  Il semble difficile au gérant de contrôler l’ensemble des pratiques des jardiniers. De plus, l’entrepreneur de Bilbao nous fait remarquer que de nombreux jardiniers utilisent du fumier de manière démesurée, ce qui représente un gaspillage, une mauvaise pratique pour les plantes et un facteur de pollution des eaux.

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Du fumier épandu sur un jardin à Saragosse

Emaus et BBK : Bioeskola, la réinsertion par l’activité agricole !

mars 27, 2014 dans Lien social par Agrovélocités

A Bilbao le 16 janvier 2014

Emaus et BBK : Bioeskola,

la réinsertion par l’activité agricole !carte Bio Eskola

Article Bioeskola disponible en pdf !

 

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Nous arrivons sur place : une exploitation maraichère difficile à trouver en périphérie du parc technologique de Zamudio. Ce projet mis en place entre mars et juin 2013 s’est créé grâce à 3 acteurs fondamentaux :

  • l’association Emaus est à la co-initiative du projet, dont l’objectif de réinsertions des personnes marginales rentre dans le cadre de ceux fixés dans ses statuts
  • la fondation de la banque BBK a co-créé ce projet avec Emaus. BBK finance la majeure partie des infrastructures dans le cadre de ses œuvres sociales.
  • le parc technologique de Zamudio fournit les terrains dans le cadre de sa responsabilité sociale et environnementale.

« C’est nouveau en Espagne, il n’y a pas d’autre endroit où ça se fait… comme  ça ! ». Cette exploitation maraichère proche de Bilbao alimente les employés du parc technologique en produits BIO sous la forme de paniers hebdomadaires. Ces fruits et légumes sont produits grâce à la main d’œuvre de personnes issues de milieux difficiles divers (maladie psychiatrique, sans domicile fixe, alcooliques et dépendants), bien souvent en situation d’exclusion sociale. L’objectif du projet est donc double : redonner à ces personnes un véritable statut social de travailleur et favoriser l’alimentation saine, locale, et en vente directe dans l’environnement urbain proche de l’exploitation. Nous nous intéressons particulièrement à ce premier, décrit comme le point le plus important et le plus innovant du projet : la réinsertion sociale par l’activité agricole.

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L’exploitation vue de son point le plus haut

 

Pourquoi l’agriculture comme moyen d’insertion, et comment ?

Être à l’aire libre, dans le silence, se retrouver face à soi même et aux éléments climatiques : c’est ce que permet le travail en agriculture. Cela induit l’humilité face au vivant, la prise en compte des plantes et des soins dont elles ont besoin, et l’acceptation de l’échec possible lors de la culture. Ce travail est très différent d’une vie en usine.

Durant deux ans maximum, les ouvriers-patients se forment aux pratiques de l’agriculture biologique pour leur permettre de trouver un emploi. Ils reçoivent une réelle formation théorique et pratique, qui peut même les mener à l’obtention de diplômes (ex : certificat d’utilisation de produits phytosanitaires). La production vendue sous la forme de paniers hebdomadaires à la sortie des entreprises le vendredi joue un rôle important dans la thérapie de ces personnes : la reconnaissance du client est essentielle dans le processus de soin. Un autre point de retrait existe dans le centre de Bilbao et les paniers sont actuellement vendus à 10 euros l’unité, comprenant fruits et légumes de saison.

L’emploi du temps des travailleurs se repartit dans la journée de 9h à 13h et/ou 14h à 18h  avec un repas commun à 13h. Cet emploi du temps est aménagé en fonction des besoins des travailleurs. Bien que les personnes travaillant à la ferme soient dans une démarche volontaire, ils s’engagent à venir d’eux-mêmes tous les jours. Pour le moment aucune personne n’a manqué à ses obligations malgré les intempéries.

 

Et pourquoi l’agriculture biologique (AB) ?

Il a été choisi de pratiquer une agriculture biologique sur ces parcelles pour plusieurs raisons :

  • la philosophie de l’AB (respect de l’environnement et mise en parallèle avec le besoin de ces personnes de réapprendre à se respecter et à respecter l’autre
  • Donner une plus grande autonomie (ce qui évite le paternalisme) aux travailleurs qui évoluent dans un milieu sans aucune pratique dangereuse pour la santé.

Au-delà du cahier des charges de l’AB, de nombreuses pratiques sont misent en place pour respecter au maximum l’environnement et la philosophie de la structure : association de cultures, drainage ouvert (fossé) pour favoriser la faune et la flore, implantation de bandes florales. Un véritable bagage technique est apporté aux travailleurs grâce à la pratique de l’AB : les rotations de cultures, la prévention pour la gestion des adventices et des ravageurs, les associations de plantes et l’attention portée au sol.

 

Qui gère tout ça ?

Ces éléments de compréhension nous sont comptés par Mikel et Irama, encadrants du projet sur l’exploitation. Mikel, ancien agriculteur, est le responsable technique de la production agricole et du terrain. Passionné d’agriculture, il expérimente diverses productions écologiques et utilise la nature à bon escient grâce à un bon bagage technique qui lui permet d’aborder les difficultés de la gestion d’une exploitation maraichère « pas à pas». Irama, employée d’Emaus en tant que travailleuse sociale, se charge de l’accompagnement social, du recrutement, du suivi quotidien (bilans réguliers avec les travailleurs sur leurs questions, leur progression, leurs objectifs, que ceux-ci soient personnels ou professionnels, gestion des conflits) et de la logistique (coordination avec l’hôpital psychiatrique proche et avec les autres structures du projet). Ces deux encadrants sont aidés par deux ouvriers agricoles qui travaillent en permanence avec eux et ont en charge la logistique de cette véritable exploitation agricole. Cette équipe multidisciplinaire au fonctionnement convivial permet des interactions privilégiées au sein de la structure. L’ensemble des infrastructures sont cependant facilement démontables dans le cas où le Parc technologique voudrait récupérer ses terrains.

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Mikel (à droite) dans le bâtiment de stockage

Plus techniquement…

Les parcelles, en pente légère ont un sol très argileux, compacté et à faible teneur en potasse. Très peu drainant, la mise en place d’un système de drainage a été nécessaire. Ces terrains n’ont pas été cultivé depuis 40 ans, seules des vaches y pâturaient.  La parcelle bénéficie d’un climat doux grâce à la proximité de la mer. Un système d’irrigation enterré avec récupération des eaux de pluie est en place ainsi que 4 serres, un bâtiment pour le matériel et la préparation des paniers  et un bâtiment sanitaire. La parcelle est divisée en 3 sous-parcelles correspondant aux rotations de cultures : légumineuses, crucifères, jachères, solanacées. Des rotations de 3 ans par famille de culture sont effectuées. Le travail du sol nécessite 3 sous solage pour casser les mottes et décompacter l’argile. La fertilisation est assurée avec du patenkali et de la mélasse de betterave, et le compost est réalisé avec ajout de lombrics de Californie.

 

 

Quels sont les effets obtenus et dans quels domaines ?

La production biologique sur cet espace tend vers la création d’un écosystème qui se veut en adéquation avec la nature environnante, notamment avec le ruisseau et les haies en contrebas.

La vente des paniers, en plus de ses avantages thérapeutiques pour les travailleurs, plait particulièrement aux employés du parc technologique qui y trouvent l’opportunité de s’alimenter plus durablement tout en contribuant à un projet : « Pour les consommateurs, relativement riches, c’est comme payer une cotisation à greenpeace tout en ayant directement un panier de légumes en échange ».

Après 6 mois de fonctionnement, il est cependant difficile de faire le point sur l’évolution « sociale » des ouvriers-patients, mais le bilan est positif dans la mesure où aucun problème n’est détecté et que ceux-ci sont très contents de venir travailler chaque jour.

 

Des problèmes, difficultés rencontrées ?

Les principaux problèmes rencontrés sont relatifs à la production en elle-même : la productivité n’est pas maximale. Le terrain n’est pas le plus propice à la production maraichère étant donné sa très forte quantité d’argile qui engendre un compaction délicate à gérer pour conserver un sol favorable à la croissance végétale, notamment lors d’épisodes pluvieux importants.

A terme le projet souhaite produire ses propres semences au fil des générations, mais pour l’instant l’achat de semences paysannes locales induit de faibles rendements dus à la faible variabilité génétique de ces semences : « Nous allons faire nos semences petits à petits mais les semences locales du marché étant parfois dégénérées, je préfère d’abord assurer la production ».

A ces deux critère s’ajoutent celui d’une main d’œuvre particulière, en plein apprentissage et à présence variable. Le potentiel en termes de travail est améliorable.

On dénote aussi quelques remarques des voisins considérant l’apparition de « malades mentaux » dans la parcelle d’à côté comme dangereuse. Aucun incident, même mineur n’est cependant à déplorer…

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Irama et une stagiaire, entre bâtiment et parcelle

 

Quels enseignements tirer ?

Face à ces difficultés de travail, le principal enseignement mis en application par Mikel est le pragmatisme dans la nécessaire production agricole. Celui-ci, tout en restant dans une production biologique, n’hésite pas à prendre des mesures en faveur d’une bonne production quitte à ne pas toujours être en totale adéquation avec ce qu’il aimerait pouvoir mettre en place. Il utilise donc des semences classiques, un tracteur et des bâches plastiques dont il pourrait se passer dans un projet de vie individuel.

 

La voie à suivre

A terme la ferme Bio Eskola souhaite augmenter la production ce qui permettra de faire plus de paniers de plus grosse taille et engendrera une augmentation de son prix. L’objectif actuel : atteindre 200 paniers produits en juin. Selon Mikel, la production ne pourra pas dépasser 250 paniers aux vues de l’historique de production régionale.

Malgré les aides reçues lors de sa création et actuellement pour son fonctionnement, le projet veut augmenter sa part d’autofinancement par la vente des produits agricoles (80% contre 20% venant des subventions).

Pour l’avenir, Mikel veut consolider la production maraichère puis envisage la culture de champignons, ainsi que la mise en place d’un poulailler de 400 têtes pour produire des œufs. Il aimerait se pourvoir d’un âne pour remplacer le tracteur par la traction animale, tout en conservant le même espace : « je ne veux pas agrandir, il ne faut pas que le projet ne perde sa vocation initiale et je préfère que les gens s’installent tout seul »

 

Un potager sur la place centrale du quartier défavorisé de San Francisco, Bilbao

mars 26, 2014 dans Lien social par Agrovélocités

Cet article est disponible en fiche technique pdf !

Le Mardi 20 janvier 2014, 

Nous rencontrons Elena, membre très active de l’une des 3 associations fondatrices du jardin, ainsi que Julieta, engagée dans l’agriculture urbaine et journaliste à plein temps.

Dans le quartier défavorisé de San Francisco, en avril 2013, trois associations du quartier ont l’idée de créer un jardin en ville :

  • Espacio Plaza est une association qui revendique en particulier la transformation de la place Bihotza Mariaren en un espace vecteur de plus de lien social.
  • NEVIPEN est une association qui promeut la culture gitane dans le quartier et qui aide à l’insertion sociale des gitans en situation peu favorable dans le quartier.
  • Susterra axe son action vers la médiation familiale, l’accompagnement et de l’insertion pour les jeunes.

Pour créer ce jardin, ces 3 associations se sont regroupées et, grâce à leur union, ont impulsé l’aménagement d’un jardin sur la place Bihotza Mariaren, acollé au centre civique du quartier. Depuis, les associations ont mis en place un groupe responsable du jardin.

 

Réunion

Julieta à gauche et Elena à droite

Celui-ci se rassemble tous les quinze jours au sein d’une assemblée (libre, où tout le monde, sous réserve de venir au jardin, peut prendre part au débat) pour prendre les décisions et planifier les travaux de jardinage. La communication reste toutefois à améliorer : en externe, il n’existe pas de pancarte explicative du projet – celui-ci est très peu visible depuis la place, grilles et porte en bois- et seule une page facebook permet de suivre les activités ; en interne, une volonté de favoriser la communication entre les membres est affichée avec pour le futur, la création d’un espace de stockage en réseau et d’une mail-list pour améliorer la gestion du jardin. Les associations ont cependant participé à l’évènement Arroces del mundo (journée de partage et de découvertes gastronomiques autour du riz du monde entier, 5000 visiteurs cette année).

Techniquement, avec l’aide d’Inaki, un exploitant agricole engagé de manière redondante dans les projets d’agriculture urbaine de Bilbao, les jardinières sont pourvues d’un substrat fertile (vidéos Llevame al huerto – http://www.llevamealhuerto.com/llevamealhuertotv/huertas-y-huertos/) et une régulation de certaines plantes (bambous) a été réalisé sur l’espace du jardin. Inaki a aussi formé les jardiniers, pour la plupart novices, aux pratiques de bases : ceci continue cette année avec un atelier sur le compostage fin février grâce au financement de la mairie.

Ce groupe de jardinier, dont une quinzaine vient régulièrement (sur une trentaine) est essentiellement constitué de femmes de 30 à 60 ans, d’origines géographiques variées. Selon Elena, le jardinage sous cette forme est difficile à combiner avec un emploi du temps professionnel, la plupart des gens venant en fin de journée ou le week-end.

Elena

Elena devant une des tables de culture

Le jardin se constitue d’une jardinière principale en bordure de grille d’une longueur de 45 m et d’une largeur d’environ 50 cm, dont une partie occupée par endroits par des plantes ornementales (bambous) ; de plusieurs bacs de cultures plus ou moins rustiques : deux tables de culture avec une structure en fer (d’un coût de 350 euros chacune, réalisées par une entreprise du quartier), et quelques tables faites avec des matériaux de récupération pour le rangement du matériel, des semences et la réalisation des plants. Différentes semences sont utilisées dans le jardin, avec des variétés plus ou moins locales (travail avec la jardinerie Antunano, Red de Semillas, graines des jardiniers). Le jardin est cultivé sans produit chimique : le modèle d’association de légumes, d’aromatiques et de plantes à fleurs est clairement affiché, même si la communauté limite ces dernières. Une idée forte dans ce jardin est aussi la maximisation des rendements sur de faibles surfaces de terres. On nous indique aussi que pour installer des jardins, il faut que les idées viennent d’en bas, directement des gens, et non pas d’en haut !

Impulsé par les 3 associations et financé par la mairie, c’est le seul centre civique municipal de Bilbao ayant réalisé cette initiative et il semble que le représentant municipal de ce quartier en soit assez fier ! En point d’orgue cependant, un employé du centre civique nous confie « Pour moi c’est tellement petit que c’est comme un jeu, mais je trouve ça bien »…

 

NB1 : On nous conseille aussi un jardin squat à l’abandon dans Bilbao que nous n’aurons pas le temps d’aller enquêter, le Dezazkundea Baratza (Via Vieja de Lezarua) dans le quartier d’Uribarri.

NB : Un retraité dans un village proche de Mungia (nord de Bilbao) possède une ancienne variété de tomate (dont la qualité est reconnue de tous) qu’il veut conserver d’une éventuelle hybridation avec les variétés cultivées par ses voisines : il distribue donc ses propres semences gratuitement autour de chez lui et s’assure ainsi que seule sa variété est cultivée dans le voisinage…

 

 

CONTACTS

 

Gizatea, une entreprise pour l’insertion sociale en Pays Basques

mars 11, 2014 dans Lien social par Agrovélocités

Nous rencontrons Amaia Naveda Sáenz de Ugarte, employée plein de temps de Gizatea.

Gizatea est un réseau d’entreprises qui travaille pour l’insertion sociale en Pays Basques.Ses objectifs sont:

  • la construction d’un discours commun pour défendre ce type d’entreprises
  • la contribution à l’amélioration et au renforcement du secteur,
  • la promotion de la coopération entre les entreprises,
  • et la facilitation du dialogue avec les institutions publiques et la société.

De plus, la structure se place dans le cadre de l’économie sociale et solidaire. Gizatea regroupe 45 entreprises de secteurs d’activités différents. Parmi ces entreprises, Zurtek nous intéresse particulièrement pour ses structures en bois inclinées qui permettent l’installation de jardinières sur les balcons et sur les toits. Amaia nous apprend

l’existence de ferias, équivalent espagnol de nos fêtes agricoles françaises. Cependant, celles-ci ont lieu dans chaque village et à intervalles réguliers (environ chaque mois). Ces ferias viennent en quelque sorte remplacer les marchés locaux à la française.

Amaia nous donne d’autre pistes comme celle du movimiento de los decrecimientos qui s’apparente au mouvement de décroissants français, visant à une moindre consommation matérielle dans la vie quotidienne. L’idée d’autosuffisance pour les produits de première nécessité rejoint la volonté d’entretenir un jardin potager. Une autre piste, le syndicat agricole EHNE Bizkaia, soit l’équivalent de la Confédération paysanne en Hegoalde – « pays basque sud » en basque -, défend les valeurs paysannes des agriculteurs. Amaia nous parle aussi d’Esnetik, une coopérative laitière de production et de commercialisation de produits laitiers. Elle collecte le lait de petits producteurs, transforme en différents produits laitiers et vend à plusieurs petits commerces de proximité, dans les fêtes paysannes et chez les commerçants BIO.

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