Conférence à l’ISARA Lyon

C’est Manon Caudron, étudiante dans le master d’Agroecology (European-MSc-Agroecology) à l’ISARA de Lyon qui nous invite à présenter notre projet le 11 décembre 2014 dans son école. Nous nous étions rencontrés dans une ferme urbaine à Wageningen (www.denieuweronde.nl) en Hollande au mois de juillet. Etienne et Simon font le déplacement pour la conférence et rencontrent notamment Perrine Vandenbroucke, enseignante-chercheur en géographie à l’ISARA, membre du projet JASSUR (JArdins ASSociatifs URbains et villes durables : pratiques, fonctions et risques) dont nous avions beaucoup entendu parlé auparavant. Une conférence avec un débat long (plus d’1h30) et riche (cf FAQ ci dessous) !

Affiche LYON

 

FAQ :

Quelle est la proportion de projets bottom up et top down que vous avez vu ? lesquels marchent les mieux ?

Comme nous l’expliquions, l’un des défauts de notre voyage est que nous avons fait du qualitatif et non du quantitatif. Il est donc difficile pour nous de donner une proportion, toutefois l’on peut dire que nous avons vu environ ¾ de projets bottom up. Plusieurs fois les citoyens nous ont fait remarquer que ces projets tiennent plus longtemps sur la durée. Toutefois se pose la question de comment inciter les citoyens à s’impliquer, comment accompagner leurs initiatives, et comment au sein des mouvements citoyens, chercher à communiquer avec les institutions, comment parvenir à une gouvernance en interne qui permette de concilier les attentes de chacun et de faire tenir projet, etc..

 

Quels financements et subventions avez vous eu pour réaliser ce projet ?

Voir les questions les plus fréquentes

 

Vous avez évoqué l’aquaponie, c’est une technique qui m’intéresse, qu’avez vous vu et qu’en pensez vous ?

Remarque : Je suis militant depuis une quinzaine d’années et je tiens à dire que quand les jardins sont ouverts, à cause des dégradations les gens se lassent et viennent de moins en moins. De plus je voulais souligner que depuis le déplacement des ruches des étudiants de l’ISARA à proximité de notre jardin nous avons de nombreux problèmes de piqûres.

 

Je travaille sur les incroyables comestibles à Lyon et j’ai l’impression que l’un des problèmes majeurs de l’agriculture urbaine est l’accès à l’eau, qu’en pensez vous ?

C’est vrai que plusieurs fois on nous a évoqué la difficulté de gérer l’eau dans les jardins urbains. Nous en avons vu de nombreux où l’eau des gouttières des bâtiments à proximité est récupérée, ce qui pose certaines questions sanitaires (quand l’eau ‘croupit’ dans des cuves exposées au soleil). Nous avons vu des jardins qui prenaient l’eau sur le réseau, sur les bouches à incendie. A Madrid, nous avons observé des jardiniers qui le dimanche et le mercredi remplissent deux cuves avec un tuyau d’une cinquantaine de metre qui traverse la route et qui est branché dans l’immeuble le plus proche. La cuve permettant  de relais pour que chaque soir le jardinier ‘référent’ puisse arroser sans problème.

Pensez vous que l’agriculture urbaine va s’inscrire dans durée ?

Nous pensons que l’agriculture urbaine arrive comme une nouvelle façon de penser l’urbanisme, de questionner la gouvernance, la façon d’aménager les territoires, c’est un virage qui s’amorce qui va de pair avec l’essor de l’économie sociale et solidaire ! Vu les investissements réalisés par certaines collectivités (les jardins familiaux peuvent coûter plusieurs centaines de millions d’euros !) et l’engouement des citoyens, on espère que l’agriculture urbaine (ré)arrive pour un bon moment !

Remarque : Personnellement j’ai l’impression que les municipalités viennent doucement s’intéresser sérieusement à l’agriculture urbaine. Après une première période d’opportunisme où elles ne s’impliquaient et se mettaient juste en parallèle des initiatives qui fonctionnaient, les voilà maintenant en train de s’emparer de la thématique !

 

Remarque : Je constate aussi dans mes recherches que l’agriculture urbaine est très ’connectée’, il y a de nombreux sites internet, pages facebook, etc..

 

Remarque : Je fais partie de la légumerie qui participe au développement de l‘agriculture urbaine à Lyon. On remarque que le bottom up est le plus costaud et le plus durable. Même s’il y a beaucoup de projets qui naissent pour la création de lien social, on s’aperçoit que la demande est là pour réussir à produire ! Nous allons d’ailleurs développer avec l’association Passe jardin dont l’un des administrateurs est là à développer le conseil pour aider les amateurs et débutants à produire. Nous allons faire une étude avec l’institut Max Weber sur cette thématique à partir de l’année prochaine. De plus, il faut voir qu’à Lyon la surface cumulée des jardins partagés représente 1,9ha, ça peut paraître peu mais quand l’on voit ce qu’ils produisent sur 1000m² à la ferme du Bec Hellouin !

 

Remarque : Je constate que le problème de la pollution de l’air et des sols est réellement un problème à élucider, un facteur limitant ! Beaucoup d’initiatives sont ralentis par cette question qui est instrumentalisée par les détracteurs des jardins urbains !

 

Remarque : Il y a une initiative intéressante qui marche depuis plusieurs années à Tassin la demi lune : http://www.cotejardins.org/index.php?id=7. Il y a un jardinier professionnel et une animatrice nature, les adhérents participent à la récolte et au désherbage, le succès est important ! Une autre initiative qui fonctionne bien : adopte une courge (http://www.colibris69lyon.org/blog/interview/pourquoi-j-adopte-une-courge.html) et enfin des idées à prendre pour le développement de l’agriculture urbaine, “les paysages de l’après pétrole”, avec l’exemple de l’étude faite sur la ville de Rennes (http://www.agroforesterie.fr/actualites/2014/documents/colloque-paysages-de-l-apres-petrole-Solutions-paysageres-pour-territoires-en-transition-20-novembre-2014-paris.pdf).

 

Quel lien faites vous entre l’agriculture urbaine et les différents paysages qu’elle peut produire ?

La question est intéressante car elle se pose de plus en plus en milieu rural. On voit arriver souvent la notion de “gestionnaires du paysage” pour inciter à garder l’agriculture sur certains territoires, pour justifier son subventionnement. Il peut en être de même pour l’agriculture urbaine qui a des aménités paysagère souvent positives… quoique. Nous avons vu dans certains endroits des jardins ‘skwatés’ qui ne sont pas forcément très esthétique ou qui peuvent ne pas le paraître quand on ne comprend pas ce qu’il se passe. De plus, l’un des défis à relever pour l’agriculture urbaine quand elle s’installe sur des endroits publics tout en étant réservé à un certain nombre de personnes( à des habitants d’un immeuble ou d’un quartier) est de ne pas développer un sentiment d’injustice du type : ‘pourquoi se privatisent ils ce lieu public ?

Ne pensez vous pas que mettre l’accent sur une agriculture sans agriculteur va accentuer le malaise de la profession et participer à la méconnaissance du milieu agricole ?

L’agriculture urbaine ne doit pas venir en opposition à l’agriculture rurale mais doit permettre de créer des liens entre des personnes qui ne se comprennent pas toujours très bien, entre citadins et agriculteur ruraux. L’agriculture urbaine doit permettre de réinterroger les clichés des uns et des autres.

Elle doit aussi créer un référentiel commun qui permette le dialogue, la discussion étant plus facile quand les parties prenantes savent toutes les deux comment pousse une tomate, la difficulté de réussir ses cultures, la vulnérabilité face au climat, à quel point le sol est bas et la culture difficile etc… l’agriculture urbaine doit aussi permettre de revaloriser l’image de l’agriculteur en faisant prendre conscience au citoyen lambda de la difficulté à gérer des cultures, de l’ingénierie et des connaissances à développer pour y parvenir.

Enfin l’agriculture urbaine doit permettre de limiter la stigmatisation (sans le dédouaner pour autant) du milieu agricole sur certaines thématiques : il est plus évident de comprendre pourquoi les agriculteurs mettent des pesticides quand on s’aperçoit que déjà sur son balcon ou dans son jardin on a des pucerons, des mauvaises herbes, on conçoit mieux pourquoi les agriculteurs cherchent à fertiliser leur sol par une méthode ou une autre quand au bout de deux ans plus rien ne pousse dans une jardinière si l’on ne fait rien. L’agriculture urbaine peut aussi sensibiliser ses pratiquants (quelque soit le temps qu’il y consacrent) sur la difficulté d’obtenir des aliments parfaits et du travail nécessaire pour les obtenir : par conséquent ce peut être un levier intéressant pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

 

Remarque : Il faut augmenter la place de l’agriculture dans la gouvernance et c’est notamment une des idées du passage à la métropole, penser à l’échelle d’un territoire, de l’intégration des différents milieux qui le composent, des différentes interactions.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Translate »