Nos réflexions sur l’agriculture urbaine en mars 2014 : plein de pays, en vélo, avec des climats changeant : un projet pertinent ?

mars 26, 2014 dans Nos réflexions générales par Agrovélocités

Sur les échelles d’études, la pertinence du projet

Où il est question de nos premiers ressentiments suite à la traversée d’une partie de l’Espagne et du Portugal. Quelques remises en causes de notre méthodologie, quelques pistes de réflexion qui nous accompagneront par la suite.

1° Pour comparer les agriculture urbaines des différents pays, ne doit-t-on pas commencer par comparer les différentes aspirations au jardinage dans chacun des pays ?

La différence de paysages autour des villes entre la France et l’Espagne nous a semblé assez flagrante, on pourrait alors conclure de manière trop rapide que l’agriculture urbaine est plus importante en Espagne qu’en France. Toutefois, il faut aussi souligner le fait qu’entre ces pays, on remarque aussi la même tendance en milieu rural. Et encore, ceci est à nuancer pour d’autres raisons, que l’on explique ci dessous.

2° Le pays, une échelle inadaptée ?

A travers l’Espagne nous avons vu de grandes disparités entre les régions et entre les villes que nous avons traversé. Il semble que l’échelle de la région soit plus pertinente pour la comparaison. A cette échelle, on peut alors se demander si plus que le contexte politico-socio-économique du pays si ce n’est pas ce contexte à l’échelle régionale (surtout en Espagne avec le système fédéral) qui a de l’influence, voire si ce n’est pas le contexte pédo-climatique -climat et sol- (très important en agriculture !) qui explique la différence entre les régions.

Dans des agricultures en partie déconnectées du contexte pédo-climatique grâce à l’irrigation et à l’utilisation de substrats ‘reconstitués’ on peut pourtant penser que le contexte socio-économique joue un rôle important dans le développement de l’agriculture urbaine dans une ville.

3° Un conditionnement lié à nos origines qui peut induire des problèmes d’approche, des urbanismes différents ?

Notre façon de voir la ville et la campagne, de par notre pays d’origine peut parfois provoquer des questionnements et induire notre réflexion sur les paysages traversés. En effet, en Espagne nous avons pu voir des immeubles (un, deux ou trois groupés) séparés d’une entité urbaine ou très clairsemés, au milieux de champs ou entourés de jardins. La population ne semblait pas atteindre les seuils qui statistiquement définissent l’existence ou non d’une ville et pourtant nous pouvions avoir l’impression d’observer de l’agriculture urbaine.

4° De la difficulté d’interpréter certains propos dans une langue étrangère.

Juste un petit rappel d’une difficulté qui jusqu’à présent n’a pas trop handicapé nos enquêtes mais qui pourrait dans la suite du voyage induire une difficulté d’accès à un type d’acteurs (exclusion des personnes ne parlant pas anglais lorsqu’il n’y a pas de traducteur avec nous).

5° Une méthodologie itérative, faire évoluer les questions posées au fil des rencontres; comment faire pour tirer parti des premiers résultats tout en ayant une rigueur scientifique ?

Un des avantages et une des difficultés de notre voyage est l’enchaînement des rencontres et des idées variées. Ce qui provoque des réflexions et des nouvelles idées qui nous amènent à modifier la manière dont nous questionnons les gens par la suite, qui nous donne envie de poser les questions d’une autre manière, de cibler d’autres sujets, etc.. Voici un exemple : de nombreuses personnes nous ont répondu qu’elles pratiquent l’agriculture urbaine pour le plaisir, pour passer le temps, il apparaît donc judicieux de leur poser la question « et pourquoi ne pas le faire avec des plantes ornementales ? » Ces modifications de notre méthodologie au cours du temps peuvent nous amener à penser que notre voyage, en plus des informations récoltées, va jouer un rôle de questionnement, de proposition de pistes à explorer.

6° Quelles influences de la forme d’agriculture sur sa visibilité et sur sa facilité d’approche dans un contexte d’itinérance ?

Après deux mois de voyage, il nous semble que si l’agriculture péri-urbaine est plus facile à voir et à étudier par l’approche paysagère que l’agriculture intra-urbaine, récolter des informations à son sujet est plus difficile. Dans notre échelle de temps du voyage, retrouver le propriétaire d’une parcelle puis le rencontrer est trop long. Il nous faut donc revoir nos ambitions dans notre volonté d’accorder autant d’importance aux différentes agricultures urbaines.

7° Avantages et inconvénients de l’itinérance à vélo.

Le voyage à vélo présente des avantages incontestables dans le cadre de notre projet, il nous permet d’être le plus souvent accueillis favorablement par les jardiniers et nous l’avons vu dans de nombreuses villes, l’agriculture urbaine et la pratique du vélo sont liées. Le vélo nous permet de pouvoir nous arrêter quand nous le désirons, sans avoir à nous soucier de la place pour se garer. Il nous permet aussi d’être attentif aux changements de paysage, aux frontières entre la ville et la campagne et nous rend très sensible à la présence de grosses infrastructures, de longues zones industrielles ou commerciales. Toutefois, de part sa pratique, le vélo nous empêche de voir certaines formes d’agriculture urbaine. De plus, dans certaines conditions le vélo ne favorise pas notre arrêt. En effet, les jours de pluie, en bas d’une pente et avant une montée ou en pleine montée, nous avons parfois du mal à faire abstraction du lien moral à la pratique du vélo pour nous arrêter. Toutefois, il nous semble que le vélo présente plus d’avantages que d’inconvénients dans la réalisation de notre projet.