Immersion agro-urbaine à Bologne

mai 17, 2014 dans Accueil

Nous faisons escale à Bologne du 4 au 6 avril. Ces trois jours pleins nous permettent d’en découvrir beaucoup sur l’agriculture urbaine. Cet article original a pour double objectif de détailler le déroulement de nos travaux dans une ville et de présenter les descriptions volontairement effleurées de chacune des initiatives rencontrées : certaines feront l’objet d’articles spécifiques.

Vendredi 4, direction l’université d’agriculture. Nous traversons le jardin de cette école d’agronomie. C’est un jardin « pédagogique » dans lequel des planches d’environ 1,5 m² sont accompagnées de panneaux présentant les plantes les plus utilisés en agriculture ou en jardinage. Par exemple, nous avons pu voir les différentes espèces et variétés de fourrage ainsi que des légumes comme l’artichaut. Nous n’en savons pas plus sur sa mise en place et son entretien mise à part une affiche dans un couloir qui invite les étudiants à s’impliquer dans la réalisation de ce jardin. Par chance, nous y rencontrons Daniela. Elle réalise une thèse sur agriculture urbaine à Bologne. Grâce à ses connaissances liées à ses travaux, elle est tout à fait à même de nous détailler la situation « agro-urbaine » bolognaise, idéal pour commencer le travail.

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Dans le cadre de son travail de thèse, Daniela travaille sur la relation entre productivité et besoin alimentaire de Bologne. Elle a repéré 80 ha de surface de toit à Bologne qui pourraient être utilisés en jardins. Utopiquement, ça pourrait produire jusqu’à 28% des besoins alimentaires de la ville. Elle nous détaille aussi un projet mené au Brésil : un système de production urbain basé sur de l’hydroponie avec réutilisation de bouteilles en plastique.

D’après Daniela, l’agriculture urbaine est à la mode en Italie. Il y a toujours un moyen de trouver de l’argent pour un projet d’AU. Dans cette optique, l’association BiodiverCity de l’université a été créée en 2010 par les professeurs de l’école et elle-même. Ceux-ci proposent des projets à travers l’association ce qui permet à la municipalité de Bologne (qui adore ces projets) de donner des financements à l’AU. La création de nombreux jardins est ainsi financée, mais l’association veut aussi faire de l’hydroponie là où ils ne peuvent pas mettre de terre.

D’autre initiatives sont évoquées telles que :

  • le projet de jardin communautaire sur le toit d’un immeuble dans un quartier défavorisé
  • Un jardin circulaire tout récent dont les jardiniers viennent d’une coopératice d’insertion sociale.
  • Terra di Nettuno, un groupe qui fait de la « guerilla gardening », des « green attack » dans la ville. Un exemple : en pleine nuit, ils installent un bac de culture en plein milieu d’un trottoir. « Ils travaillent de façon anonyme, mais tout le monde les connait ».
  • Trame Urbane XM 24, un squat reconnu par la mairie dont certains membres font partie des mouvements de « guerrilla gardening » (Via Fioravanti, 24).
  • Un autre squat, le VAG 61 : c’est un vrai centre social. Le mercredi ils font un « agrifood market » et organisent des ateliers sur la thématique : comment faire son jardin urbain ? (Via Paolo Fabbri)
  • Horti city, une entreprise qui est l’union de différentes personnes (chercheurs, entrepreneurs…). Horti city a des projets dans d’autres pays du monde  (l’idée vient de personnes ayant suivi des masters de développement comparé) en faveur de la production agricole en ville. L’entreprise développem et vend des produits.
  • Le jardin Quadriletro (via Ristori)
  • Le jardin d’Aiuola Donata (via Irnerio)
  • Un jardin en permaculture « synergétique », cas unique à Bologne (via herbosa).
  • « Senape », une pépinière urbaine.
  • Un projet de création de maison à insectes avec une école

Daniela nous fait ensuite découvrir les jardins de 100 x100 CAAB, à proximité d’une sorte de marché de gros, à deux pas de l’école d’agronomie. Il a été mis en place l’année passée et commence tout juste à être mis en culture : de nombreuses parcelles sont bien enherbées. Ce sont 100 carrés de 5x5m (taille suffisante pour nourrir une famille de 4 personnes) réservés aux personnes assez jeunes issues de milieux difficiles. En effet, beaucoup des jardins de Bologne sont actuellement réservés aux personnes âgées (environ 3000 jardins). Ce jardin a aussi pour but d’établir la liaison écologique des insectes autour de Bologne (sorte de continuum écologique, corridor).

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Riches de ces informations, nous quittons Daniela et nous dirigeons vers le jardin de la virgule. La création de ce jardin vieux de plus de 20 ans a eu une importance particulière à Bologne. Placé juste devant une barre HLM en courbe donnant sur la rue San Donato reliant à l’époque la campagne à la ville, le jardin familial de la virgule a été mis en place pour ses habitants dont la majorité s’avère être en situation familiales, économique ou sociale difficile. Des familles immigrées aux étudiants de passage, ce jardin accueille donc des profils variés de jardiniers. De part ce profil hétérogène, le jardin de la virgule vient contraster avec une majorité de jardin familiaux de la ville réservés aux retraités. Cet espace de 5000m² regroupe environ 400 jardins de 15m² chacun, pour un loyer faible dont nous n’avons pas récupéré les détails. Nous ne rencontrons personne susceptible de nous en dire plus sur un éventuel « cahier des charges cultural » à respecter. En cette période de crise, l’entretien de son jardin familial permet d’éviter d’acheter trop de fruits et légumes, mais aussi d’expérimenter des cultures. On se souvient de Daniela qui nous a affirmé qu’avec 30m², on peut faire pousser F&L nécessaires à ses besoins (si on est un bon agriculteur !). Au jardin de virgule, la mairie enregistre beaucoup de demandes pour l’obtention d’un emplacement avec une liste d’attente à rallonge : les personnes ne cultivant guère leur espace ne pourront donc probablement pas renouveler leur bail. Un fort attrait donc, et pour cause : ce lieu convivial non loin du centre-ville fait l’objet d’organisation d’évènement festifs de plein air invitant artiste de rues et groupes de musiques.

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Après un repas rapide, nous retrouvons un ami traducteur rencontré la vieille qui nous a arrangé un rendez-vous avec Stefano Peloso, l’un des agriculteurs responsable et fondateur de la coopérative agricole Arvalia (Coopérative du petit pois, traduit du bolognais), parlant uniquement italien. Passionnante et alambiquée, cette discussion nous fait découvrir le fonctionnement d’une CSA (Community Supporting Agriculture) : dans notre cas, c’est une vraie exploitation maraichère dont le fond de roulement se voit financée par l’argent déposé par les membres (coopérateur) de la coopérative. Les fruits et légumes produits sont vendus à ces membres à des tarifs avantageux permettant néanmoins le dégagement de salaires pour les travailleurs agricoles eux même membres de la coopérative. L’ensemble des coopérateurs décide ensemble des lignes directrices du projet. Un article plus complet sur cette initiative paraîtra bientôt.

Après cette belle rencontre, entre deux averses, nous  tombons sur un petit jardin pédagogique dans un parc. Celui-ci est composé de 8 tables de cultures d’environ 2,25m² chacune. Ces tables sont le fruit du projet « Orto in Mercato » soutenu par la ville de Bologne,  par le mouvement Slow Food ainsi que par le Mercato de la Terra di Bologna et par l’entreprise Verdebosco Gardening. Actuellement, seules quelques fèves y sont plantées et un système d’irrigation est en place, mais nous ne rencontrons personne susceptible de nous informer un peu plus. La proximité de ces installations du marché nous fait penser à une possible action de sensibilisation « pendant la saison » (printemps-été).

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Notre ami traducteur nous mène alors vers un lieu au sec pour passer la nuit : le Buco. C’est le lieu de travail de l’association pour la biodiversité , mais l’espace fait aussi office de rencontres lors de l’organisation d’évènements tels que la Disco Soupe ou lors de répétitions de groupes de musiques. Juste devant, un jardin est en naissance. Délimité par des pavés récupérés à partir de la route, ce jardin en construction occupe 7 places de parking condamnées par la mairie pour environ 2 ans. Avec moins de 10cm de haut, ces pavés ne permettent la création d’une épaisseur de sol suffisante pour la mise en culture de nombreux légumes… Cette année, « ça sera de la débrouille » dans ce jardin communautaire écologique.

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Nous passons la nuit au Buco après une visite nocturne du centre- ville.

Le lendemain matin (Samedi 5 avril) en plein cœur de Bologne, nous retrouvons Daniela (la thésarde en agriculture urbaine) qui anime l’un des nombreux stands de l’évènement municipal Food in Piazza. L’objectif de de cette manifestation est la sensibilisation du grand public autour des questions d’alimentation et d’agriculture. Certains panneaux ont même une portée plus profonde allant vers une volonté d’apprentissage de notions telle que le recyclage, le gaspillage, l’utilisation des terres, la mise en culture…  Nous nous attardons sur le stand de Daniela qui présente :

  • Une étagère de culture, œuvre en palette recouverte de quelques plantes en culture hors sol et de cultures et terre (ornementales et/ou comestibles). Ces dernières sont irriguées grâce à un système de goutte à goutte sur l’étage le plus élevé de l’armature de bois qui s’imbibe peu à peu et laisse ruisseler l’eau vers les étages inférieurs, eux aussi plantés. Quelques lampes assurent l’apport lumineux nécessaire à la bonne croissance des végétaux. La structure a été récemment construite il y a 2 semaines par des volontaires engagés dans l’agriculture urbaine. Quelques plantes sont aussi disposées derrière le mur de palette. Irriguées elles-aussi, elles ont moins besoin de lumière que les autres. Cette structure très esthétique nous interroge cependant sur sa fonctionnalité. Il parait en effet difficile de grimper à 1m50 pour entretenir des plantes hautes perchées. L’œuvre présentée ici a pour principal objectif de démontrer la possibilité de cultiver à la verticale, tout en obtenant un ensemble esthétique et composé de matériaux récupérés.

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  • Des kits de culture hors sol (dont certains sont exposés sur la structure en bois) créés par l’entreprise et réseau Horticity. Ces kits comprennent 3 tissus en fibre de coco, 3 « pates » riches en minéraux, 3 lots de graines et un livret d’instruction. Il est vendu environ 12€ et un pack spécial en lots de 20 est vendu à 27€ pour les écoles.

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Quelques passants et groupe d’élèves paraissent intéressés par ces stands qui surprennent.

Vers 13h, nous nous joignons au groupe de l’association  pour la préparation de l’évènement de ce soir : la Disco Soupe ! Le principe : faire le tour des fins de marché et récupérer les fruits et légumes mangeable avant que ceux-ci partent pour la poubelle. En début de soirée, les participants arrivent, découpent et cuisinent tout pour faire des soupes de légumes et des salades de fruit. Quand le repas est prêt, tout le monde se met à table sur fond de spectacle (musique, théâtre, conte…). La soirée continue généralement avec d’autres représentations artistiques. Une initiative qui mêle alimentation, lien social, culture et recyclage : la Disco Soupe, évènement connu ailleurs en Europe, fera l’objet d’un prochain article.

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Un des marchés visités est un peu particulier : tous les exposants adhèrent au mouvement international Slow Food. Derrière cette « nourriture lente » dont le logo utilise l’image de l’escargot, l’idée est de favoriser les produit issus d’une agriculture basée sur la qualité du produit et non pas sur sa quantité. La majorité des producteurs sont donc sensibles aux modes de production non conventionnels tels que la BIO ou le Biodynamie. Plus d’info sur le mouvement Slow Food sur ce lien.

Logo Slow Food.

Une fois la collecte de F&L terminée, nous obtenons un rendez-vous avec Lluana en début d’après-midi. Lluana est l’une des trois responsables du jardin sur le toit d’un immeuble de 15 étages dans le quartier du Buco. Pour une surface de plus de 200m², cet espace surplombant la ville est de loin le plus grand des jardins sur les toits que nous ayons rencontré jusqu’ici. Constitué de bac de culture en terre mais surtout de structure hydroponiques (gouttières à salade, culture sur polystyrène flottant, tubes en verre verticaux…), ce jardin a été financé par la municipalité mais fonctionne aujourd’hui de façon autonome grâce aux quelques jardiniers motivés par la production de légumes quelques marches de chez eux. Nous sommes épatés par le goût d’une salade hydroponique. Réflexions et détails de ce projet à suivre dans un prochain article…

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Il est 18h, et alors même que les premiers participants arrivent pour participer à la Disco Soupe, nous retrouvons une des deux jeunes femmes responsable du site web Gramigna Map. Motivées par l’agriculture urbaine, elles se sont lancées dans un projet de cartographie des jardins urbain de Bologne via la création d’un site web il y a deux ans. Aujourd’hui le site est fonctionnel et recense de nombreux espaces agro-urbains à Bologne allant du potager privé au jardin communautaire, en passant par les jardins familiaux et pédagogiques de la ville… Cette plate-forme modifiable et en libre accès vient considérablement appuyer la dynamique d’expansion de l’agriculture urbaine à Bologne en la rendant plus lisible, localisée et classée par catégories. Un article sera bientôt édité au sujet de cette initiative originale.La soirée Disco Soupe en enchante plus d’un et c’est en musique que se termine notre seconde journée bolognaise.

Impress écran page web

Dimanche 6 avril, nous quittons Bologne en direction de Padou, et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. On aperçoit un panneau indiquant un chantier de Terrasole que trouvons quelques minutes plus tard. Repérée sur internet, cette entreprise que nous n’avons pas réussi à joindre réalise des travaux de décaissage/remblayage/préparation de terre pour créer des jardins là où le terrain le permettrait moyennant quelques travaux. La parcelle que nous découvrons est une ancienne parcelle agricole dans laquelle un chemin a été creusé et tassé. La terre est déposée sur les côté pour former les jardins délimités les uns des autres.    Leur site web : http://www.ortidelterrasole.it/index.php/orto/

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Nous traversons la voie ferrée et trouvons une lignée de jardins familiaux. Le seul jardinier que nous réussissons à comprendre nous explique que ces jardins d’environ 5m de large sur 20m de long sont sur les terrains de la compagnie de chemin de fer italienne. Ceux-ci sont occupés depuis plusieurs années et les jardiniers y semblent bien ancrés.

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Deux coups de pédale plus tard, notre dernière trouvaille, toujours le ong de la voie ferrée : une jardin urbains pédagogique pour les enfants : Orto Scuola. L’animatrice de ce jardin circulaire nous explique rapidement son fonctionnement : des outils en plastique pour les enfants et de vrais outils pour les encadrants, un découpage de l’espace rond en quartier pour un accès plus facile, un quartier du rond par école et une « route des odeurs » avec des aromates plantées en périphérie du cercle… Quand les classes d’élèves de primaire arrivent, elles sont enthousiastes. L’animatrice leur explique le travail à réaliser et tout le monde s’y met. C’est ainsi plusieurs fois par jours, les classes de plusieurs écoles se relaient et prennent soin de ce jardin pédagogique partagé inter-école. Les financements de ce jardin 100% biologique proviennent de la mairie. C’est une association de quartier qui gère son fonctionnement avec une main d’œuvre bénévole et très motivée. Voilà qui donne envie de retomber en enfance pour profiter de telles activités à la fois ludiques et pédagogiques !   

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Bologne fut riche en péripétie agro-urbaines : nous en repartons avec l’envie toujours plus grande de découvrir et de comprendre ces systèmes nouveaux et pleins d’avenir…

L’agriculture urbaine : des innovations issues de l’entreprenariat privé

avril 14, 2014 dans Lien social

C’est en Espagne que nous avons rencontré pour la première fois des entrepreneurs privés dans le domaine de la création de jardins familiaux dans ou à proximité des villes. Deux cas sont présentés simultanément dans cet article et semblent partager un certain nombre de points communs.  La première entreprise rencontrée a créée plusieurs jardins à la périphérie de Bilbao. La seconde entreprise se trouve dans un parc municipal à la sortie de Saragosse, portée par un trio d’entrepreneur. Ils ont créé cette entreprise en réponse à un appel d’offre de la mairie pour l’installation de jardins familiaux.

Nous sommes habitués à voir ces jardins mis en place par les mairies où les collectivités, et non par des entrepreneurs privés. Et pour cause, le premier d’entre eux nous fait remarquer que son initiative semble être la première du genre en Espagne. Les entrepreneurs présentés ici sont des citadins issus de parcours différents. L’entrepreneur de Bilbao est un ancien avocat peu satisfait de son métier. Il s’est reconverti il y a 4 ans pour créer son entreprise « Huertas ludicas ». Du coté de Saragosse, les 3 entrepreneurs sont issus de formations différentes : une chimiste, un architecte et un paysagiste. Ils se sont rencontrés à l’occasion de l’exposition internationale de Saragosse en 2008 et ont décidé de répondre ensemble à l’appel d’offre lancé par la commune. La convergence de leur idée a permis la création de l’entreprise « Hortals ».

« Le jardin a un rôle à jouer pour résoudre les problèmes de la ville. »                          

Les objectifs des jardins urbains développés par les entrepreneurs

L’objectif premier développé dans les deux cas est de proposer à une clientèle urbaine des parcelles à cultiver. Le premier entrepreneur exprime l’idée de « faire le lien avec le milieu rural » pour les citadins en manque de contact avec la terre.  D’autres objectifs sont avancés : améliorer le paysage urbain et le rendre utile et productif, créer des espaces de formation pour l’entretien d’un potager, participer à une urbanisation plus verte, sans oublier l’aspect social du jardin qui peut devenir une ressource importante en temps de crise. Le respect de l’environnement fait partie intégrante de ces projets où l’agriculture biologique est la règle. Ces entrepreneurs souhaitent voir l’alimentation locale de qualité accessible au plus grand nombre et non pas aux plus aisés : « les produits qui viennent du jardin ont une autre valeur que ceux qui viennent du supermarché ». Ainsi les deux entreprises obligent les jardiniers à cultiver selon le cahier des charges de l’agriculture biologique : sans produits chimiques ni engrais de synthèses.

Le public visé

Le public visé par ces jardins est toutes les personnes qui cherchent à renouer un contact avec la terre. Dans les deux situations les jardiniers semble être majoritairement des citadins ne possédant pas de jardins. De classes sociales différentes, on y retrouve autant d’hommes que de femmes, de tous les âges et de différentes nationalités, qui viennent parfois avec leurs enfants. L’entrepreneur de Bilbao a aménagé ses différents sites selon le public visé. Le premier site est proche d’une bretelle d’autoroute permettant aux jardiniers d’y venir régulièrement pour de courtes durées. Les autres sites sont plus éloignés et au calme pour des personnes qui souhaitent y passer la journée.

Différentes sources de foncier

Les parcelles mobilisées ont des origines différentes pour chacune des entreprises.  L’entrepreneur de Bilbao a acquis une partie des parcelles et loue une autre partie à des propriétaires privés. Le grand nombre de propriétaire ne lui permet pas d’acheter la totalité des parcelles car tous les propriétaires ne sont pas prêts à vendre. Il souhaite acheter des lots de parcelles cohérentes et éviter les petits lots dispersés. Dans le second cas, l’entreprise Hortals dispose de parcelles communales louées pour 29 ans à la municipalité. Situés au sein du  Parque del Agua à la sortie de la ville, la mairie souhaitait réaliser des jardins familiaux sur une parcelle. Mais pourquoi la mairie a-t-elle choisi une gestion de ces parcelles par une entreprise plutôt que par une association de jardiniers ?

Rentabilité de l’entreprise

Ces entreprises récentes sont encore en expansion et en période de rodage. A Bilbao, deux sites sont mis en place et un 3ème est en cours de réalisation. Du coté de Saragosse, un ensemble de jardins est aménagé et un second sera disponible prochainement. L’investissement initial est important (120 000 euros dans le cas de Bilbao) même si les deux projets ont reçu des aides de l’Etat et des régions respectives. A Saragosse la mairie loue à titre gracieux la parcelle à l’entreprise. Dans les deux cas, les fonds propres des entrepreneurs permettent de développer l’activité économique de l’entreprise dans l’attente de sa rentabilité. Ainsi les 3 membres d’Hortals de Saragosse ont une autre activité professionnelle en parallèle. Les 4 entrepreneurs souhaitent vivre de ces nouvelles activités même si ce n’est pas le cas actuellement : « Au début j’ai pas gagné beaucoup mais j’espère gagner plus ».

La mise en place et le fonctionnement des jardins 

L’organisation des jardins est comparable entre les deux entreprises. Dans le cas de Bilbao, les parcelles sont divisées en jardins de différentes tailles (une moyenne de 85 m²) pour répondre aux besoins des jardiniers alors qu’à Saragosse les jardins ont une taille fixe.

L’aménagement des micro-parcelles et l’organisation des services associés ne sont pas laissés au hasard. A Bilbao, les micro-parcelles sont délimitées par une simple corde tenue par des piquets de bois. Facilement démontable il est possible d’agrandir ou de réduire facilement la taille d’une micro-parcelle en déplaçant les piquets et la corde. De plus lorsqu’il est nécessaire de travailler le sol au tracteur, il est aisé d’enlever les cordes et de passer entre les piquets. L’organisation du jardin est soigneusement réfléchie pour rendre son utilisation pratique pour les jardiniers et pour l’entreprise lors des travaux quotidiens (tas de fumier, réseaux d’allées, disposition des composteurs et des points d’eau).

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                                            A Bilbao les jardins séparés par des cordes et des piquets en bois

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Schéma des jardins visités à Bilbao

Dans les deux cas, les loyers sont versés mensuellement en échange de la mise à disposition d’une parcelle et des services associés que sont l’eau, l’engrais organique (du fumier généralement), l’utilisation de matériel commun (matériel, sanitaires) et quelques heures de formation au jardinage biologique. Le fumier est récupéré chez des éleveurs voisins partenaires de l’entreprise. L’entrepreneur de Bilbao calcule les loyers en fonction des frais fixes et des frais variables. En moyenne le loyer est de  0.7 euros par m²,  ce prix étant variable en fonction de la surface voulue par le jardinier (prix dégressif avec l’augmentation de la surface voulue).

 

Une volonté de former les jardiniers aux méthodes écologiques

Les formations au jardinage écologique sont dispensées aux jardiniers notamment lors de leur arrivée. Dans le jardin de Saragosse, la technique du jardinage en butte est dispensée aux nouveaux arrivants, mais tous les jardiniers ne suivent pas cette pratique et expérimentent selon leurs envies, pourvu qu’aucun produit chimique ne soit utilisé. Dans les deux cas, les cours visent à améliorer l’autonomie des jardiniers après leurs avoir donné les bases du jardinage écologique. A Saragosse l’idée est de leur permettre par la suite, après avoir appris à jardiner de s’occuper d’un jardin plus grand. Dans ce jardin, une salle sera spécialement équipée pour accueillir les séances de formation.


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Les jardins de Saragosse avec un exemple de jardinage en butte

La flexibilité de l’entreprise et les effets obtenus

Une prise en compte des demandes des jardiniers

Les entrepreneurs sont parfois amener à modifier leurs projets en fonction de la demande des jardiniers. A Bilbao les jardiniers ont souhaité avoir des œufs frais en plus de leurs fruits et légumes.  L’entrepreneur a ainsi installé un poulailler au sein de ses jardins.

Un changement du comportement alimentaire des jardiniers

Les jardiniers qui cultivent en agriculture biologique semblent changer leurs comportements alimentaires et se tournent davantage vers une alimentation issue de l’agriculture biologique et locale. C’est pourquoi les entrepreneurs de Saragosse souhaitent mettre en place un  magasin bio dans le premier jardin, qui sera approvisionné par des agriculteurs bio locaux. Les jardiniers pourront faire leurs courses en fruits et légumes « pour que les gens repartent chez eux avec tout pour faire la cuisine en bio ». Un bâtiment en bois est en cours de construction pour accueillir ces services.  Les  jardiniers pourront emprunter des livres dans la bibliothèque, acheter des semences, du matériel pour le jardinage et pour la décoration intérieure.

Un rôle alimentaire non négligeable

Dans le cas des jardins aux parcelles suffisamment grandes, leur rôle alimentaire semble important. Les jardiniers produisent uniquement pour l’autoconsommation même si certains partagent avec leurs familles et amis notamment en période estivale. Certains jardiniers ont proposé à l’entrepreneur de mettre en place une caisse commune pour les surproductions afin de les donner aux œuvres sociales alimentaires de la ville. Ce projet reste en suspens car il semble être difficile à organiser selon l’entrepreneur.

Le jardin comme thérapie         

Le rôle thérapeutique du jardinage est présenté par un des trois entrepreneurs de Saragosse. Il donne l’exemple d’une femme qui avait peur de parler aux autres personnes auparavant et qui s’est ouverte aux autres après avoir intégré le jardin. De même, sont cités des exemples de personnes âgées ayant retrouvées un lien à la nature malgré leur arrivée en ville. D’autres remarques dans ce sens sont avancées pour mettre en évidence le besoin de recréer des liens entre les personnes et leur environnement naturel. Dans les deux cas, l’ambiance entre les jardiniers de chaque site semble être bonne.

Des entreprises créatrices d’emplois 

L’entrepreneur de Bilbao ne peut s’occuper seul de l’ensemble des jardins répartis sur 3 sites. Il embauche 2 employés saisonniers pour l’entretien des espaces communs, le travail du sol, la formation et l’accompagnement des jardiniers en période estivale. Plus généralement, la demande des citadins pour cultiver un jardin est en augmentation et les listes d’attentes s’agrandissent. D’autres jardins peuvent être créés, ce qui augmenterait par conséquent les nombre de personnes/travailleurs pour les mettre en place et les gérer.

Les divers problèmes rencontrés par ces entrepreneurs

Des problèmes apparaissent dans ces jardins et notamment le vol d’une partie de la production par des personnes extérieurs. L’entrepreneur de Bilbao a installé des grillages hauts avec des barbelés pour éviter ce problème. De plus les jardins sont fermés et accessibles uniquement par les usagers (clef ou carte magnétique).

Des problèmes d’ordre agronomiques apparaissent comme la qualité du sol, des zones trop mouilleuses, la présence de ravageurs (taupes).

Les pratiques de certains jardiniers peuvent également poser problème. Il faut veiller à ce que les jardiniers n’utilisent pas trop de matériaux extérieurs qui peuvent encombrer les jardins et en altérer la qualité paysagère. Par exemple, certains jardiniers utilisent beaucoup de matériaux plastiques sur leur jardin, ce qui dégrade l’aspect général et gêne les jardiniers voisins. Les entrepreneurs essayent de limiter ces pratiques par le dialogue et leur présence régulière dans le jardin. Plus largement les jardiniers sont soumis à un règlement intérieur qui doit être respecté sous peine d’exclusion du jardin bien que, pour le moment, ces cas restent très rares (cas d’impayés) et toujours réglés à l’amiable.

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Un jardinier utilisant beaucoup de matériaux plastiques dans un jardin à Saragosse

Bien qu’il soit interdit d’utiliser des produits chimiques dans ces jardins, nous apprenons par un jardinier que certains utilisent de la bouillie bordelaise.  Il semble difficile au gérant de contrôler l’ensemble des pratiques des jardiniers. De plus, l’entrepreneur de Bilbao nous fait remarquer que de nombreux jardiniers utilisent du fumier de manière démesurée, ce qui représente un gaspillage, une mauvaise pratique pour les plantes et un facteur de pollution des eaux.

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Du fumier épandu sur un jardin à Saragosse

Nos réflexions sur l’agriculture urbaine en mars 2014 : Nos premiers résultats, à creuser par la suite, par nous…et par d’autres ?!

mars 26, 2014 dans Nos réflexions générales

Des premiers résultats vraiment intéressants, des pistes de réflexion pour la suite, pour nous..et pour d’autres ?

1° Quand les promoteurs ou les institutions ne construisent pas à cause de la crise, quelle suite demain ?

Nous avons pu constater (à Madrid notamment) que l’un des liens entre la crise économique et l’essor de l’agriculture urbaine est la non construction sur des terrains prévus pour l’urbanisation par les promoteurs immobiliers ou la non réalisation de projets par les communes et les autres institutions. En effet, à Madrid certains terrains sont destinés à la construction d’édifices pour la population (musée, bibliothèque, piscine, école..), or du fait de la crise économique, la mairie ne pouvant financer de projet sur ces terrains, les quartiers en ont profité pour réinvestir ces espaces et en faire « des sortes de place de village ». Actuellement, à Madrid le réseau « Red de huertos urbanos » est en discussion avec la mairie pour transformer l’inscription de ces espaces sur le plan d’urbanisme afin de les noter en « espace vert ». Se pose la question de la réussite de cette discussion et de l’avenir de ces espaces lorsque la crise va se terminer. Un travail de suivi de ces parcelles lors du redémarrage économique de l’Espagne pourrait être intéressant.

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Un jardin à la place de logements sociaux, quand les institutions n’ont plus d’argent, les habitants ont des idées.

 

2° Les diffusions de technique, une piste à creuser à plusieurs échelles ?

Nous avons remarqué que des dynamiques de diffusion de savoirs et de techniques existent dans les différents réseaux rencontrés. A l’échelle d’une ville comme Bilbao nous avons vu à quel point un agriculteur passionné et impliqué dans la plupart des projets d’agriculture urbaine de cette ville diffuse une pratique pour réaliser un substrat de culture. A Madrid, à l’échelle du Red de Huertos Urbanos, nous avons vu que la plupart des jardins qui en font partie ont de grosses similarités : utilisation de palettes, planches de cultures surélevées, utilisation d’un arrosage goutte à goutte gravitaire,… A Saragosse dans un jardin familial où est dispensé à chaque locataire au départ un cours de jardinage avec des connaissances et des pratiques de cultures biologiques, nous avons pu constaté que de nombreux jardiniers réutilisent notamment la pratique de la culture en buttes sur leur parcelle. Dans d’autres jardins, nous avons pu voir des techniques similaires (parfois un peu étrange) dans des parcelle plus ou moins voisines avec en général des modifications, quel lien entre les jardiniers..

Cela nous amène à penser qu’à l’échelle d’une ville comme d’un jardin divisé en multiples parcelles, se poser la question de la diffusion (consciente et inconsciente -effet de mimétisme?-) de techniques peut faire l’objet d’un travail d’étude socio-technique de plus longue durée.

3° Quel sens à la réalisation de jardins avec beaucoup d’infrastructures, de grillage, de béton ?

Dans les projets réalisés par les institutions comme les mairies, nous avons remarqué que les projets mobilisent parfois des infrastructures importantes (avec de forts coûts financiers) avec des grillages, des cabanes sur dalles de béton et de nombreux autres aménagements qui nous amènent à poser la question : ces projets de jardins familiaux ne sont-ils pas une sorte d’urbanisation des terres agricoles ?

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Autant de grillage et de béton étaient-ils vraiment nécessaires ?

4° L’agriculture urbaine, pour quel public ?

Au fur et à mesure de nos rencontres, nous avons pu constater que certains types publics semblent exister en fonction aussi du type d’agriculture urbaine que nous rencontrons. Toutefois, nous ne sommes pas encore en état de proposer de typologie. Nous pouvons seulement signaler que dans les jardins familiaux créés par les communes nous avons souvent vu des personnes retraitées et qu’en centre ville, sur les lieux autogérés nous avons eu plus à faire à des trentenaires “sensibles” aux questions environnementales.

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Un jardin au public plutôt jeune

5° La vente ou location de terre agricole pour le jardinage urbain, un nouveau marché ?

Nous avons pu constater qu’en Espagne des activités entrepreneuriales de location de jardin sont naissantes. Ce phénomène est aussi visible en France, nous avons vu près de Torreilles une location de jardinage et en sortant de Narbonne un ensemble de parcelles qui ont été vendues au m². N’assisterait-on pas à une nouvelle façon de valoriser les terres agricoles lorsque celles ci sont trop petites pour être cultivées mécaniquement ? une nouvelle forme de diversification d’activités avec la vente des services attenants (eau, cours, engrais, outils, travail du sol et pourquoi pas.. entretien du jardin pendant le départ en vacances du jardinier ?) ? une nouvelle façon de valoriser économiquement des terres sorties de la spéculation à cause d’un PLU en les vendant de manière fragmentée à un prix plus élevé que pour une activité  agricole ?

6°L’éducation, une visée principale de l’agriculture urbaine ?

Une tendance lourde, la volonté d’enseigner, aux urbains, adultes comme enfants la manière dont pousse un légume. Professeur de jardinage, un métier d’avenir ?

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 Une des nombreuses pancartes explicatives

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 Un graffiti/oeuvre d’art/arbre phylogénétique pour expliquer les différentes familles d’insectes

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Une pancarte de sensibilisation sur l’environnement et les déchets « Ceci est un espace autogéré, emmène tes poubelles, il n’y a pas de service de propreté »… n’est ce pas le cas de notre planète ?

 

 

 

 

 

Gizatea, une entreprise pour l’insertion sociale en Pays Basques

mars 11, 2014 dans Lien social

Nous rencontrons Amaia Naveda Sáenz de Ugarte, employée plein de temps de Gizatea.

Gizatea est un réseau d’entreprises qui travaille pour l’insertion sociale en Pays Basques.Ses objectifs sont:

  • la construction d’un discours commun pour défendre ce type d’entreprises
  • la contribution à l’amélioration et au renforcement du secteur,
  • la promotion de la coopération entre les entreprises,
  • et la facilitation du dialogue avec les institutions publiques et la société.

De plus, la structure se place dans le cadre de l’économie sociale et solidaire. Gizatea regroupe 45 entreprises de secteurs d’activités différents. Parmi ces entreprises, Zurtek nous intéresse particulièrement pour ses structures en bois inclinées qui permettent l’installation de jardinières sur les balcons et sur les toits. Amaia nous apprend

l’existence de ferias, équivalent espagnol de nos fêtes agricoles françaises. Cependant, celles-ci ont lieu dans chaque village et à intervalles réguliers (environ chaque mois). Ces ferias viennent en quelque sorte remplacer les marchés locaux à la française.

Amaia nous donne d’autre pistes comme celle du movimiento de los decrecimientos qui s’apparente au mouvement de décroissants français, visant à une moindre consommation matérielle dans la vie quotidienne. L’idée d’autosuffisance pour les produits de première nécessité rejoint la volonté d’entretenir un jardin potager. Une autre piste, le syndicat agricole EHNE Bizkaia, soit l’équivalent de la Confédération paysanne en Hegoalde – « pays basque sud » en basque -, défend les valeurs paysannes des agriculteurs. Amaia nous parle aussi d’Esnetik, une coopérative laitière de production et de commercialisation de produits laitiers. Elle collecte le lait de petits producteurs, transforme en différents produits laitiers et vend à plusieurs petits commerces de proximité, dans les fêtes paysannes et chez les commerçants BIO.

 
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