Le réseau des jardins urbains de Madrid

avril 29, 2014 dans Accueil

En février dernier, nous faisons escale à Madrid. C’est le temps pour nous de nous rendre compte de la diversité des jardins familiaux (usages individuels des parcelles du jardin) et des jardins communautaires (usage commun de l’ensemble ou d’une partie du jardin, très présents à Madrid) de la capitale. Ces jardins sont d’ailleurs si nombreux qu’un vrai réseau s’est mis en place. Cette initiative innovante nous intéresse particulièrement… Nous interviewons l’un de ses deux « responsables ».

Quand est venue l’idée, et quels sont les objectifs ?

C’est il y a 3 ans, quand a commencé à s’amplifier le phénomène des jardins communautaires à Madrid, que l’idée du réseau de jardins urbain est née. Il était nécessaire de mettre en commun les expériences, de connaitre celles des autres, et de coordonner les activités pour qu’elles aient un socle commun leur donnant ainsi plus de consistance. Il fallait aussi s’organiser pour avoir des contacts administratifs régularisés. En effet, 80 à 90% des jardins étaient en situation d’illégalité vis-à-vis de la mairie, il est donc (aujourd’hui encore) logique de mettre des choses en place pour régulariser leur existence.

A travers son articulation, le réseau maintient une pression suffisante pour que la mairie ne démantèle pas les initiatives : l’organisation en réseau des acteurs de l’agriculture urbaine leur a permis de gagner en légitimité vis-à-vis de la société. De plus, le réseau a de nombreux partenariats avec les universités (agronomique, sociale, architecture) et avec les étudiants travaillant sur les jardins urbains de Madrid. L’ONU a d’ailleurs reconnu l’action Réseau des jardins partagés de Madrid comme « une bonne pratique ».

Comment fonctionne le réseau ?

Entre 30 et 35 jardins madrilènes en font partie. Des représentants de chacun participent aux réunions mensuelles, traitant :

  • des points sur les travaux quotidiens dans les jardins (réparations, nouveautés, problèmes…)
  • des activités communes :
    • la gestion du fumier avec l’opération « Fumier ». L’université donne du fumier et le réseau coordonne la répartition du fumier offert par l’université dans les différents jardins (la paille est gérée de la même façon)
    • la gestion de semence. Pendant plusieurs années, un « semencier partagé » assurait l’accès aux semences pour chaque jardin, mais celui-ci a récemment fermé.
  • des résultats de commissions à thèmes différents :
    • négociation avec la mairie sur la légalité des jardins
    • création d’une banque de semence décentralisée profitant des infrastructures de chaque jardin,
    • éducation et travail pédagogique avec des adolescents notamment,
    • activités audiovisuelles liée aux jardins urbains, communication

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La réunion mensuelle à laquelle nous participons

Une réunion annuelle est aussi organisée. Son but est de réunir un maximum des jardiniers issus de ces jardins. C’est une journée particulière qui créée un espace de rencontre pour construire un mouvement social partagé par l’ensemble des jardiniers impliqués dans les jardins madrilènes, et pas uniquement les responsables participants aux réunions mensuelles.

Pour le futur ? Quels plans ?

Un élément central pour l’avenir est le débat de la régularisation. Pour se consolider, il faut que les jardins ne soient pas considérés comme des expériences anormales ou marginales. Ce ne sont pas seulement des groupes alternatifs : il faut montrer que les jardins urbains font partie de l’infrastructure réelle de la ville pour que soit reconnue leur présence dans la planification urbaine. C’est grâce à l’obtention de la régularisation des jardins que pourront se poursuivre les mouvements autour d’autres questions clés comme le thème de l’agriculture urbaine dans sa dimension plus productive, et plus en relation avec l’alimentation de la ville.

Enfin et de façon transversale, le réseau veut, à travers des interventions, donner plus d’existence aux éléments nouveaux de la ville comme les terrasses, les zones vertes, les espaces péri urbains, les jardins…

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Le jardin communautaire de « Cebada », aménagé dans une ancienne piscine municipale vide

Quelle est la position de la mairie dans ce projet ?

Depuis déjà 3 ans, la volonté politique de la mairie ne va pas dans le même sens que celle du réseau mais ces derniers mois, les négociations vont vers du mieux. Concernant la régularisation, un compromis reste à trouver entre un contrôle administratif municipal et une conservation de l’autogestion et du fonctionnement participatif des jardins.

Quel est le statut du réseau, administrativement ?

Légalement, le réseau des jardins n’existe pas. C’est une entité informelle qui « chapote » tous les jardins de Madrid. Le réseau existe administrativement à travers la « fédération régionale des associations de voisins », avec laquelle il travaille.
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Le jardin communautaire façon place de village « Esta es una plaça »

Des points très positifs…

La composition du réseau est très hétérogène, des personnes de tous âges et de personnalités différentes. Les gens viennent vers l’agriculture pour des raisons très variées, car ils sont militants écologistes, pour apprendre à cultiver, voire pour commercialiser ce qu’ils ont cultivés eux-mêmes. D’autres s’impliquent pour des raisons plus urbanistiques comme pour la récupération de zones dégradées et à l’abandon, pour l’appropriation de terrains à revitaliser à travers des participations sociales.

Le réseau a su conjuguer toutes ces problématiques et les organiser. De plus, son fonctionnement est assez flexible. A l’heure d’incorporer les relations avec les administrations, le dialogue et l’adaptabilité sont de rigueur (il y a même un jardin municipal dans le réseau !). Le réseau est une entité participative et amicale, c’est un espace agréable à vivre où l’on bâtit des relations de confiance entre les initiatives et ça donne des idées voire crée des vocations futures.

… Et quelques difficultés.

Ayant créé ses objectifs peu à peu, le réseau n’a pas subi de gros échecs type « objectifs non atteints ». Cependant, le rôle de chaque personne coordinatrice de jardins est difficile à positionner. Cette personne devient celle qui a la responsabilité de la trajectoire sociale du fonctionnement du jardin et donc un rôle clé dans la participation sociale au jardin. C’est celle qui coordonne les jardins et qui vient aux réunions du réseau. Il est plus compliqué de toucher les gens plus « normaux » qui ne font pas le pas facilement, et viennent peu représenter leur jardin aux réunions du réseau. Les jardins urbains impliquent aussi beaucoup de personnes d’origine étrangères et leur présence au réseau n’est pas représentative de leur présence dans les jardins. Il faut identifier un peu ce « problème d’implication ».  Enfin, le réseau aimerait trouver des moyens pour incorporer un peu mieux les jeunes dans les jardins urbains : faire venir les petits avec leur famille, créer des liens avec les collèges. « On a toujours pas trouvé le moyen de séduire les jeunes avec la thématique des jardins urbains »…

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Le jardin communautaire de « Tetuan »

Les jardins familiaux d’Alenya

mars 26, 2014 dans Alimentation

Disponible ! la fiche technique jardin familiaux Alenya en pdf

Cette commune de 3000 habitants non loin de Perpignan possède un espace de jardins familiaux depuis mai 2013. C’est une élue de la commune rencontrée lors d’une pause déjeuner sur la place du village qui nous accompagne sur la parcelle et répond à nos questions.

Des jardins créés à la demande des habitants

La commune d’Alenya possédait des jardins ouvriers au début du siècle. A l’origine des petites parcelles étaient mises à la disposition des ouvriers par les grands propriétaires agricoles de l’époque pour satisfaire aux besoins des familles. Or, depuis 1960 ces jardins familiaux ont disparu même si un bon nombre d’habitants possède toujours un petit jardin à coté de sa maison, pour y  faire pousser fruits et légumes. C’est un maire de sensibilité de gauche qui met en place les jardins actuels il y a moins d’un an. L’idée était de relancer cette pratique sur la commune pour aider les personnes qui ont ou auront des problèmes pour se nourrir de manière équilibrée. Le coût des fruits et légumes frais produits en agriculture biologique semble rester inaccessible pour les familles les plus pauvres. Ces jardins ont pour but de pallier ce manque et permettre à ces familles d’avoir accès à une alimentation équilibrée et de qualités. Aujourd’hui toutes les parcelles sont utilisées et les demandes sont enregistrées sur une liste d’attente.

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Un engagement de la commune

Ce projet a pu être réalisé grâce à un don (pour un euro symbolique)  d’un agriculteur de la zone. La parcelle d’un hectare est située en zone inondable selon le Plan Local d’Urbanisme (PLU) et ne fait pas l’objet d’une pression foncière importante. Ce projet s’inscrit dans l’agenda 21 de la commune avec notamment une démarche de réduction d’utilisation de produits phytosanitaires pour l’entretien des espaces verts. Le conseil municipal milite pour le droit à une alimentation de qualité accessible à tous. Pour la mise en place du jardin, la commune a demandé le soutien du conseil général des Pyrénées Orientales qui a participé aux 30 000 euros d’investissement nécessaire.

 

Organisation du jardin

Le jardin divisé en 30 micro-parcelles est grillagé et comporte 5 cabanons qui sont utilisés en commun par plusieurs jardiniers. La commune a également mis en place un réseau d’eau pour que chaque parcelle dispose d’un robinet. Le seul coût à la charge des jardiniers est l’eau facturée à la compagnie des eaux du bas Languedoc. Ainsi les jardiniers sont organisés en association à la demande de la mairie qui garde un droit de regard sur son fonctionnement (signature d’une convention). L’association gère le jardin au quotidien et notamment la répartition des frais d’eau entre les jardiniers. Un règlement a également été rédigé, ainsi  les parcelles ne peuvent pas accueillir des activités de loisirs prenant la place du jardinage et doivent garder leurs rôle nourricier. De plus les pratiques employées doivent être en respect avec l’environnement et ne pas utiliser de produits chimiques. Les personnes ne respectant pas ces conditions peuvent être exclues du jardin.

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Témoignages de jardiniers

          En discutant avec les jardiniers présents lors de notre visite nous apprenons que le jardin est un terrain de jeu idéal pour les plus jeunes enfants qui se font ennuyer par les adolescents dans le centre du village.

Nous rencontrons des habitants d’origine portugaise venus travailler comme ouvriers agricoles dans la région. Nous remarquons la culture de choux comme nous l’avions vu lors de notre passage en Portugal. Ici, le jardin se fait le reflet des origines de la personne, de ses racines.

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Un jardinier nous explique les problèmes qu’il rencontre pour cultiver cette terre et notamment la présence du chiendent :  « Il y a plein de chiendent, la terre est sèche et assez dure à travailler. Apparemment elle n’était pas cultivée avant. » Nous remarquons une bande de compost sur sa parcelle « ça c’est juste le début, je vais faire ça partout après, les vers de terre ils vont l’enfouir, en une journée ils font le même travail qu’un labour, on nous apprenait ça avant. Cette technique du compost, ça va éviter que les mauvaises herbes elles repoussent, ça va enrichir le sol  et il va mieux retenir l’humidité ». L’homme en question est diplômé en horticulture et a travaillé 2 ans pour les espaces verts de la ville de Nancy. Mais après la majeure partie de sa carrière à travailler pour une banque, il profite de la retraite pour reprendre le jardinage.

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Contacts :   Association des jardiniers des figueretes 1, avenue Joliot Curie, 66200 ALENYA ; article de l’inauguration 

 
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