Emaus et BBK : Bioeskola, la réinsertion par l’activité agricole !

mars 27, 2014 dans Lien social

A Bilbao le 16 janvier 2014

Emaus et BBK : Bioeskola,

la réinsertion par l’activité agricole !carte Bio Eskola

Article Bioeskola disponible en pdf !

 

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Nous arrivons sur place : une exploitation maraichère difficile à trouver en périphérie du parc technologique de Zamudio. Ce projet mis en place entre mars et juin 2013 s’est créé grâce à 3 acteurs fondamentaux :

  • l’association Emaus est à la co-initiative du projet, dont l’objectif de réinsertions des personnes marginales rentre dans le cadre de ceux fixés dans ses statuts
  • la fondation de la banque BBK a co-créé ce projet avec Emaus. BBK finance la majeure partie des infrastructures dans le cadre de ses œuvres sociales.
  • le parc technologique de Zamudio fournit les terrains dans le cadre de sa responsabilité sociale et environnementale.

« C’est nouveau en Espagne, il n’y a pas d’autre endroit où ça se fait… comme  ça ! ». Cette exploitation maraichère proche de Bilbao alimente les employés du parc technologique en produits BIO sous la forme de paniers hebdomadaires. Ces fruits et légumes sont produits grâce à la main d’œuvre de personnes issues de milieux difficiles divers (maladie psychiatrique, sans domicile fixe, alcooliques et dépendants), bien souvent en situation d’exclusion sociale. L’objectif du projet est donc double : redonner à ces personnes un véritable statut social de travailleur et favoriser l’alimentation saine, locale, et en vente directe dans l’environnement urbain proche de l’exploitation. Nous nous intéressons particulièrement à ce premier, décrit comme le point le plus important et le plus innovant du projet : la réinsertion sociale par l’activité agricole.

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L’exploitation vue de son point le plus haut

 

Pourquoi l’agriculture comme moyen d’insertion, et comment ?

Être à l’aire libre, dans le silence, se retrouver face à soi même et aux éléments climatiques : c’est ce que permet le travail en agriculture. Cela induit l’humilité face au vivant, la prise en compte des plantes et des soins dont elles ont besoin, et l’acceptation de l’échec possible lors de la culture. Ce travail est très différent d’une vie en usine.

Durant deux ans maximum, les ouvriers-patients se forment aux pratiques de l’agriculture biologique pour leur permettre de trouver un emploi. Ils reçoivent une réelle formation théorique et pratique, qui peut même les mener à l’obtention de diplômes (ex : certificat d’utilisation de produits phytosanitaires). La production vendue sous la forme de paniers hebdomadaires à la sortie des entreprises le vendredi joue un rôle important dans la thérapie de ces personnes : la reconnaissance du client est essentielle dans le processus de soin. Un autre point de retrait existe dans le centre de Bilbao et les paniers sont actuellement vendus à 10 euros l’unité, comprenant fruits et légumes de saison.

L’emploi du temps des travailleurs se repartit dans la journée de 9h à 13h et/ou 14h à 18h  avec un repas commun à 13h. Cet emploi du temps est aménagé en fonction des besoins des travailleurs. Bien que les personnes travaillant à la ferme soient dans une démarche volontaire, ils s’engagent à venir d’eux-mêmes tous les jours. Pour le moment aucune personne n’a manqué à ses obligations malgré les intempéries.

 

Et pourquoi l’agriculture biologique (AB) ?

Il a été choisi de pratiquer une agriculture biologique sur ces parcelles pour plusieurs raisons :

  • la philosophie de l’AB (respect de l’environnement et mise en parallèle avec le besoin de ces personnes de réapprendre à se respecter et à respecter l’autre
  • Donner une plus grande autonomie (ce qui évite le paternalisme) aux travailleurs qui évoluent dans un milieu sans aucune pratique dangereuse pour la santé.

Au-delà du cahier des charges de l’AB, de nombreuses pratiques sont misent en place pour respecter au maximum l’environnement et la philosophie de la structure : association de cultures, drainage ouvert (fossé) pour favoriser la faune et la flore, implantation de bandes florales. Un véritable bagage technique est apporté aux travailleurs grâce à la pratique de l’AB : les rotations de cultures, la prévention pour la gestion des adventices et des ravageurs, les associations de plantes et l’attention portée au sol.

 

Qui gère tout ça ?

Ces éléments de compréhension nous sont comptés par Mikel et Irama, encadrants du projet sur l’exploitation. Mikel, ancien agriculteur, est le responsable technique de la production agricole et du terrain. Passionné d’agriculture, il expérimente diverses productions écologiques et utilise la nature à bon escient grâce à un bon bagage technique qui lui permet d’aborder les difficultés de la gestion d’une exploitation maraichère « pas à pas». Irama, employée d’Emaus en tant que travailleuse sociale, se charge de l’accompagnement social, du recrutement, du suivi quotidien (bilans réguliers avec les travailleurs sur leurs questions, leur progression, leurs objectifs, que ceux-ci soient personnels ou professionnels, gestion des conflits) et de la logistique (coordination avec l’hôpital psychiatrique proche et avec les autres structures du projet). Ces deux encadrants sont aidés par deux ouvriers agricoles qui travaillent en permanence avec eux et ont en charge la logistique de cette véritable exploitation agricole. Cette équipe multidisciplinaire au fonctionnement convivial permet des interactions privilégiées au sein de la structure. L’ensemble des infrastructures sont cependant facilement démontables dans le cas où le Parc technologique voudrait récupérer ses terrains.

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Mikel (à droite) dans le bâtiment de stockage

Plus techniquement…

Les parcelles, en pente légère ont un sol très argileux, compacté et à faible teneur en potasse. Très peu drainant, la mise en place d’un système de drainage a été nécessaire. Ces terrains n’ont pas été cultivé depuis 40 ans, seules des vaches y pâturaient.  La parcelle bénéficie d’un climat doux grâce à la proximité de la mer. Un système d’irrigation enterré avec récupération des eaux de pluie est en place ainsi que 4 serres, un bâtiment pour le matériel et la préparation des paniers  et un bâtiment sanitaire. La parcelle est divisée en 3 sous-parcelles correspondant aux rotations de cultures : légumineuses, crucifères, jachères, solanacées. Des rotations de 3 ans par famille de culture sont effectuées. Le travail du sol nécessite 3 sous solage pour casser les mottes et décompacter l’argile. La fertilisation est assurée avec du patenkali et de la mélasse de betterave, et le compost est réalisé avec ajout de lombrics de Californie.

 

 

Quels sont les effets obtenus et dans quels domaines ?

La production biologique sur cet espace tend vers la création d’un écosystème qui se veut en adéquation avec la nature environnante, notamment avec le ruisseau et les haies en contrebas.

La vente des paniers, en plus de ses avantages thérapeutiques pour les travailleurs, plait particulièrement aux employés du parc technologique qui y trouvent l’opportunité de s’alimenter plus durablement tout en contribuant à un projet : « Pour les consommateurs, relativement riches, c’est comme payer une cotisation à greenpeace tout en ayant directement un panier de légumes en échange ».

Après 6 mois de fonctionnement, il est cependant difficile de faire le point sur l’évolution « sociale » des ouvriers-patients, mais le bilan est positif dans la mesure où aucun problème n’est détecté et que ceux-ci sont très contents de venir travailler chaque jour.

 

Des problèmes, difficultés rencontrées ?

Les principaux problèmes rencontrés sont relatifs à la production en elle-même : la productivité n’est pas maximale. Le terrain n’est pas le plus propice à la production maraichère étant donné sa très forte quantité d’argile qui engendre un compaction délicate à gérer pour conserver un sol favorable à la croissance végétale, notamment lors d’épisodes pluvieux importants.

A terme le projet souhaite produire ses propres semences au fil des générations, mais pour l’instant l’achat de semences paysannes locales induit de faibles rendements dus à la faible variabilité génétique de ces semences : « Nous allons faire nos semences petits à petits mais les semences locales du marché étant parfois dégénérées, je préfère d’abord assurer la production ».

A ces deux critère s’ajoutent celui d’une main d’œuvre particulière, en plein apprentissage et à présence variable. Le potentiel en termes de travail est améliorable.

On dénote aussi quelques remarques des voisins considérant l’apparition de « malades mentaux » dans la parcelle d’à côté comme dangereuse. Aucun incident, même mineur n’est cependant à déplorer…

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Irama et une stagiaire, entre bâtiment et parcelle

 

Quels enseignements tirer ?

Face à ces difficultés de travail, le principal enseignement mis en application par Mikel est le pragmatisme dans la nécessaire production agricole. Celui-ci, tout en restant dans une production biologique, n’hésite pas à prendre des mesures en faveur d’une bonne production quitte à ne pas toujours être en totale adéquation avec ce qu’il aimerait pouvoir mettre en place. Il utilise donc des semences classiques, un tracteur et des bâches plastiques dont il pourrait se passer dans un projet de vie individuel.

 

La voie à suivre

A terme la ferme Bio Eskola souhaite augmenter la production ce qui permettra de faire plus de paniers de plus grosse taille et engendrera une augmentation de son prix. L’objectif actuel : atteindre 200 paniers produits en juin. Selon Mikel, la production ne pourra pas dépasser 250 paniers aux vues de l’historique de production régionale.

Malgré les aides reçues lors de sa création et actuellement pour son fonctionnement, le projet veut augmenter sa part d’autofinancement par la vente des produits agricoles (80% contre 20% venant des subventions).

Pour l’avenir, Mikel veut consolider la production maraichère puis envisage la culture de champignons, ainsi que la mise en place d’un poulailler de 400 têtes pour produire des œufs. Il aimerait se pourvoir d’un âne pour remplacer le tracteur par la traction animale, tout en conservant le même espace : « je ne veux pas agrandir, il ne faut pas que le projet ne perde sa vocation initiale et je préfère que les gens s’installent tout seul »

 

Un potager sur la place centrale du quartier défavorisé de San Francisco, Bilbao

mars 26, 2014 dans Lien social

Cet article est disponible en fiche technique pdf !

Le Mardi 20 janvier 2014, 

Nous rencontrons Elena, membre très active de l’une des 3 associations fondatrices du jardin, ainsi que Julieta, engagée dans l’agriculture urbaine et journaliste à plein temps.

Dans le quartier défavorisé de San Francisco, en avril 2013, trois associations du quartier ont l’idée de créer un jardin en ville :

  • Espacio Plaza est une association qui revendique en particulier la transformation de la place Bihotza Mariaren en un espace vecteur de plus de lien social.
  • NEVIPEN est une association qui promeut la culture gitane dans le quartier et qui aide à l’insertion sociale des gitans en situation peu favorable dans le quartier.
  • Susterra axe son action vers la médiation familiale, l’accompagnement et de l’insertion pour les jeunes.

Pour créer ce jardin, ces 3 associations se sont regroupées et, grâce à leur union, ont impulsé l’aménagement d’un jardin sur la place Bihotza Mariaren, acollé au centre civique du quartier. Depuis, les associations ont mis en place un groupe responsable du jardin.

 

Réunion

Julieta à gauche et Elena à droite

Celui-ci se rassemble tous les quinze jours au sein d’une assemblée (libre, où tout le monde, sous réserve de venir au jardin, peut prendre part au débat) pour prendre les décisions et planifier les travaux de jardinage. La communication reste toutefois à améliorer : en externe, il n’existe pas de pancarte explicative du projet – celui-ci est très peu visible depuis la place, grilles et porte en bois- et seule une page facebook permet de suivre les activités ; en interne, une volonté de favoriser la communication entre les membres est affichée avec pour le futur, la création d’un espace de stockage en réseau et d’une mail-list pour améliorer la gestion du jardin. Les associations ont cependant participé à l’évènement Arroces del mundo (journée de partage et de découvertes gastronomiques autour du riz du monde entier, 5000 visiteurs cette année).

Techniquement, avec l’aide d’Inaki, un exploitant agricole engagé de manière redondante dans les projets d’agriculture urbaine de Bilbao, les jardinières sont pourvues d’un substrat fertile (vidéos Llevame al huerto – http://www.llevamealhuerto.com/llevamealhuertotv/huertas-y-huertos/) et une régulation de certaines plantes (bambous) a été réalisé sur l’espace du jardin. Inaki a aussi formé les jardiniers, pour la plupart novices, aux pratiques de bases : ceci continue cette année avec un atelier sur le compostage fin février grâce au financement de la mairie.

Ce groupe de jardinier, dont une quinzaine vient régulièrement (sur une trentaine) est essentiellement constitué de femmes de 30 à 60 ans, d’origines géographiques variées. Selon Elena, le jardinage sous cette forme est difficile à combiner avec un emploi du temps professionnel, la plupart des gens venant en fin de journée ou le week-end.

Elena

Elena devant une des tables de culture

Le jardin se constitue d’une jardinière principale en bordure de grille d’une longueur de 45 m et d’une largeur d’environ 50 cm, dont une partie occupée par endroits par des plantes ornementales (bambous) ; de plusieurs bacs de cultures plus ou moins rustiques : deux tables de culture avec une structure en fer (d’un coût de 350 euros chacune, réalisées par une entreprise du quartier), et quelques tables faites avec des matériaux de récupération pour le rangement du matériel, des semences et la réalisation des plants. Différentes semences sont utilisées dans le jardin, avec des variétés plus ou moins locales (travail avec la jardinerie Antunano, Red de Semillas, graines des jardiniers). Le jardin est cultivé sans produit chimique : le modèle d’association de légumes, d’aromatiques et de plantes à fleurs est clairement affiché, même si la communauté limite ces dernières. Une idée forte dans ce jardin est aussi la maximisation des rendements sur de faibles surfaces de terres. On nous indique aussi que pour installer des jardins, il faut que les idées viennent d’en bas, directement des gens, et non pas d’en haut !

Impulsé par les 3 associations et financé par la mairie, c’est le seul centre civique municipal de Bilbao ayant réalisé cette initiative et il semble que le représentant municipal de ce quartier en soit assez fier ! En point d’orgue cependant, un employé du centre civique nous confie « Pour moi c’est tellement petit que c’est comme un jeu, mais je trouve ça bien »…

 

NB1 : On nous conseille aussi un jardin squat à l’abandon dans Bilbao que nous n’aurons pas le temps d’aller enquêter, le Dezazkundea Baratza (Via Vieja de Lezarua) dans le quartier d’Uribarri.

NB : Un retraité dans un village proche de Mungia (nord de Bilbao) possède une ancienne variété de tomate (dont la qualité est reconnue de tous) qu’il veut conserver d’une éventuelle hybridation avec les variétés cultivées par ses voisines : il distribue donc ses propres semences gratuitement autour de chez lui et s’assure ainsi que seule sa variété est cultivée dans le voisinage…

 

 

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